Par Lola

1 novembre 2016

Comment devenir traducteur

En raison de la mondialisation et de la croissance exponentielle des échanges internationaux, nous sommes aujourd’hui plus connectés que jamais. Cependant, ce phénomène d’intensification du partage de l’information voit son processus entravé par les barrières linguistiques et culturelles. Dans un tel contexte, les traducteurs agissent en tant que véritables véhicules de la communication entre les différentes cultures.

Note de Pierre : cet article vous est proposé par Lola Thans de l’agence de traduction Cultures Connection. Vous êtes nombreux à me poser des questions au sujet du métier de traducteur, que je n’ai jamais exercé de manière véritablement professionnelle. C’est donc avec plaisir que je vous propose ce billet qui devrait répondre à toutes vos interrogations.

La traduction en bref

La traduction consiste à transposer un contenu écrit d’une langue à l’autre. Cet exercice exige des connaissances diverses qui s’acquièrent par le biais d’une solide formation et de nombreuses années d’expérience. Le métier de traducteur ne s’improvise donc pas. Certes, le bilinguisme est un atout de taille, voire une compétence indispensable, mais il ne suffit pas pour se considérer un professionnel du secteur.

Les langues de travail

Dans la plupart des cas, le traducteur travaille vers sa langue maternelle. On ne maîtrise pas de langue plus à la perfection que sa langue maternelle. En traduction, il suffit de comprendre la langue source d’un texte, tandis qu’il faut être capable de jongler avec tous les aspects esthétiques, syntaxiques et grammaticaux de la langue cible. C’est pourquoi seuls les traducteurs ayant passé de nombreuses années à l’étranger proposent un service de traduction “retour” (de la langue A, notre langue maternelle, vers une langue B, celle acquise plus tard).
En ce qui concerne les combinaisons de langues, il va de soi que certaines d’entre elles sont plus prisées que d’autres. D’ailleurs, les combinaisons les plus couramment proposées dans les écoles de traduction ne sont pas toujours les plus recherchées sur le marché.

Pour maximiser ses chances d’être recruté, il convient de prendre en compte deux facteurs. Le premier : plus votre combinaison de langues est atypique (par exemple, vous maîtrisez à merveille le bulgare et le finnois), moins la concurrence sera rude. Le deuxième : pensez à la place que certains pays émergents pourraient acquérir sur la scène internationale (pourquoi ne pas apprendre une des langues des BRICS ?). Choisir une combinaison de langues qui favorise l’emploi est une question d’offre et de demande ; un secteur bouché aujourd’hui peut tout à fait s’ouvrir demain… Et inversement !

Interprète ou traducteur ?

La distinction entre ces deux disciplines est souvent confuse auprès du grand public. Interpréter n’est pas traduire. Malgré leurs nombreux points communs, l’interprétation et la traduction exigent des aptitudes propres à chacune. La principale différence est le canal employé : l’interprétation se limite à la communication orale, tandis que la traduction porte uniquement sur les textes écrits.

En outre, l’interprète n’a pas accès au matériel dont dispose le traducteur à l’heure de mener à bien sa mission. En effet, il est contraint de suivre un rythme intense de quelque 150 mots par minute, alors que le traducteur traduit en moyenne 2 000 mots par jour.

Note de Pierre : je confirme qu’il s’agit de la fausse croyance la plus répandue à ce sujet. S’il est possible d’exercer à la fois en tant que traducteur et interprète (je connais des personnes dans ce cas), ce sont deux métiers bien distincts.

Les avantages de la traduction

La traduction permet de jeter des ponts entre les cultures, les langues et les époques. En tant que maillon de la chaîne qu’est la communication interculturelle, elle nous permet d’élargir nos horizons. Après tout, comme l’a affirmé l’écrivain et réalisateur Pier Paolo Pasolini, « La traduction, sous tous ses aspects, est l’opération la plus vitale pour l’homme. » Sans la traduction, nous vivrions dans des pays, des régions et des provinces isolés, victimes de cette incapacité de profiter de la littérature et du savoir de leurs voisins.

Les difficultés inhérentes à la traduction

Comme de nombreuses autres professions, le métier de traducteur présente maintes difficultés qui lui sont propres. Jour après jour, les traducteurs doivent faire face à toutes sortes d’obstacles qu’ils doivent surmonter afin de livrer des résultats de qualité, adaptés à leur public cible, et ce tout en respectant les intentions de l’auteur. Ces embûches peuvent se manifester sous diverses formes : termes et concepts intraduisibles ou inexistants dans la langue cible, termes techniques qui exigent un travail de recherche conséquent, jeux de mots, devinettes, notes d’humour ou encore expressions idiomatiques qui demandent une incroyable gymnastique d’esprit pour espérer créer le même effet auprès du public cible.

Qu’elles soient d’ordre sémantique, syntaxique, grammatical ou encore lexical, chacune d’entre elles revêt une importance primordiale à l’heure de traduire. Il convient de les contourner adroitement, en gardant toujours à l’esprit la dimension culturelle qu’impliquent les textes en question.

Le bilinguisme et la traduction

Ce point mérite que l’on s’y attarde un instant. En effet, nombreuses sont les personnes qui estiment qu’être bilingue est synonyme d’être traducteur. « Je parle deux langues, je peux donc être traducteur ! ». Remettons les pendules à l’heure : maîtriser deux ou plusieurs langues et être à même de passer de l’une à l’autre sont deux exercices distincts. Ici, il s’agit de transposer du contenu d’une culture à l’autre, d’un univers à l’autre. Cela exige donc de dominer non seulement les langues de travail en question, mais également la dimension culturelle associée à ces dernières. Rappelons également que le métier de traducteur ne s’improvise pas. Les traducteurs sont entraînés, formés, et ils deviennent de plus en plus performants avec le temps.

Les spécialisations

Au fil des années, ou parfois dès les premiers pas dans la profession, les traducteurs prennent une voie qui les mènera à se spécialiser dans un domaine spécifique. C’est ainsi que naissent les traducteurs littéraires, techniques, scientifiques, juridiques… et bien d’autres encore. Comme dans d’autres secteurs, il est primordial de confier tout projet de traduction à un traducteur spécialisé dans le domaine traité. Vous ne feriez pas appel aux services d’un plombier pour changer une serrure, n’est-ce pas ? De la même manière, tout contenu à caractère scientifique devra être assigné à un professionnel de ce secteur, pour qui les termes et concepts scientifiques n’ont aucun secret.

Note de Pierre : la spécialisation est un excellent moyen de tirer son épingle du jeu, même sur des paires de langues très courantes. Quand on parle de traduction, on pense généralement aux romans, mais en réalité, les domaines d’expertise sont innombrables : droit, médecine, cinéma, ingénierie…

Si un terme scientifique est souvent univoque et ne présente qu’une seule traduction, il ne suffit pas de transposer des équivalences pour produire un travail harmonieux et cohérent. Il ne fait aucun doute que la traduction technique et littéraire sont deux disciplines bien distinctes. Là où la première cherchera à transmettre un message clair, précis et sans ambiguïtés, la deuxième tentera de rendre hommage aux beautés du langage, à la poésie des mots, aux subtilités des discours.

Traduction technique
On n’y pense pas forcément, mais les notices représentent une portion non négligeable des documents traduits.

La traduction assistée par ordinateur

Les traducteurs ont à portée de main toutes sortes d’outils qui leur sont d’une aide précieuse dans leur travail. Ces experts des langues ne sont pas des dictionnaires ambulants, et il leur arrive régulièrement d’ouvrir un ouvrage de référence pour trouver une traduction adéquate. Ce métier pousse les traducteurs à s’instruire tout au long de leur carrière, à avoir soif d’apprendre. C’est pourquoi l’expérience occupe une place primordiale dans ce type de profession.

Parmi ces outils figurent les outils de traduction assistée par ordinateur (TAO), logiciels qui leur permettent d’harmoniser leurs traductions et d’accroître la qualité de leur travail et leur productivité grâce aux mémoires de traduction qu’ils intègrent. Il s’agit de bases de données contenant des milliers de segments de textes déjà traduits ainsi que leur équivalence dans la langue cible. Ils permettent également l’élaboration de bases terminologiques, qui sont des fiches lexicales par termes, de glossaires, la juxtaposition de segments de textes et autres.

Ces logiciels, il en existe pour tous les besoins et toutes les bourses, certains sont même gratuits ! Il va de soi que l’offre et la qualité des services fluctuent selon les coûts demandés. Cependant, pour le professionnel, ils sont une ressource qui n’a pas de prix, incontournable pour un travail de qualité.

Un rôle irremplaçable

Bien que les ordinateurs aient volé la vedette aux humains dans de nombreux domaines, les traducteurs ne sont pas prêts de leur céder leur place. L’outil informatique facilite grandement la tâche de ces derniers, mais il n’est pas encore en mesure de rivaliser avec leurs compétences. Les moteurs de traduction automatique sont incapables de remplacer la part de création et de subtilité qu’implique toute traduction. Bien que des progrès aient été constatés dans le domaine de la traduction artificielle, les traductions livrées sont dans la plupart des cas des transcriptions littérales et dépourvues de sens, de logique.

La traduction est un exercice qui exige une part de réflexion, de doute, d’intuition, de remise en question, de création, de subjectivité et de beaucoup de patience. Or, un ordinateur en est dépourvu. L’unique rôle envisageable d’un outil d’aide à la traduction est de fournir un premier jet, une pré-traduction qui doit impérativement être révisée, adaptée et modifiée par un traducteur professionnel.

Note de Pierre : si vous vous demandez pourquoi Google Traduction fournit parfois des résultats à la limite du burlesque, je vous invite à regarder la vidéo de Linguisticae sur ce thème.

Comment devenir traducteur ?

Il convient de souligner que la traduction et l’interprétation ne sont pas des professions protégées. Il n’est donc pas obligatoire d’être diplômé d’une prestigieuse école pour être embauché, bien qu’il soit très fortement recommandé de suivre une formation solide. Celle-ci sera votre porte d’entrée pour bon nombre d’établissements.

Une fois le diplôme en poche, un large éventail de possibilités s’ouvrira à vous : vous lancer comme free-lance, ajouter des langues à son actif, postuler pour les grandes institutions, etc. N’hésitez pas à rejoindre des organismes comme la Société Française des Traducteurs (SFT) ou l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC) afin de  bénéficier de l’encadrement de pairs, expérimentés et avisés, et de faire valoir vos droits en tant que professionnel.

Le métier au quotidien

La légende veut que les traducteurs soient des solitaires reclus dans leur bureau qui ne voient que très rarement la lumière du jour. Il n’en est rien. En fait, il s’agit même d’une profession particulièrement diversifiée : vous toucherez à des sujets variés, rencontrerez des clients de tous les milieux et aurez même l’occasion de voyager ! N’est-ce pas le rêve ?

Si vous vous installez à votre compte, il vous faudra apprendre des notions de comptabilité et acquérir un esprit d´entrepreneur. Diversifiez votre offre en proposant plusieurs spécialisations, élargissez vos compétences en combinant traduction et interprétation et fini les longues heures de solitude devant son écran d’ordinateur.

Une profession sans pareille

Les traducteurs, ces artisans de la communication trop souvent cachés en coulisses, nous permettent jour après jour de partager toutes sortes d’informations à l’échelle internationale. Les écrits, les discours, le savoir, la médecine, et une foule d’autres types de contenus traversent les frontières pour atteindre l’autre bout du monde grâce à leur travail. Sans eux, nous resterions cloîtrés à l’intérieur de nos frontières linguistiques et le partage de l’information serait terriblement réduit. Concluons avec une belle citation de George Steiner : « Sans traduction, nous habiterions des provinces voisines avec le silence. »

Lola

Après un court séjour au Copa-Cogeca et à l'Organisation mondiale des Douanes à Bruxelles, Lola obtient un diplôme en interprétation à l'Université de Liège. Elle maîtrise l'anglais, l'espagnol, l'italien et le français à la perfection. Après avoir effectué un stage chez Cultures Connection, elle collabore avec cette agence de traduction en tant que rédactrice et traductrice.

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  1. Le métier de traducteur est un métier extrêmement fascinant mais également très rigoureux. Les demandes des clients sont souvent très précises, on apprend beaucoup mais cela demande du sérieux. je fais de la traduction islandais – français au quotidien et je ne peux qu’encourager chacun à se lancer dans ce métier !

  2. La traduction est un métier tres passionnant . Je vis en Haiti , je suis traducteur aseermenté, . Dans mon quotidian j’ai l’habitude de traduire de la langue francaise vers l’espagnol . Dans mon pays c’est un métier qui ne fait pas encore son chemin sur le marché. Mais avec l’arrivé de mon entreprise de traduction #soslinguistique les gens commencent à decouvrir l’importance de ce métier.

  3. J’ai déjà eu besoin de commander une traduction juridique multilingue pour ma mère et depuis ce moment, j’envisage de faire un master dans ce domaine. Mais pour le moment, je ne sais pas si je préfère devenir interprète ou traductrice. J’ai déjà interprété quand j’ai travaillé dans une colonie de vacances et je pense que l’aspect oral me plaît mieux. Et je confirme que la plupart des gens ne connaissent pas la différence entre traduire et interpréter ce qui est bien dommage.

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