anker_dorfschule

Non, vous n’êtes pas nuls en langues !

Lorsque l’on s’intéresse à l’apprentissage des langues étrangères en France, une idée revient sans cesse, comme un état de fait inévitable : « les Français sont nuls en langues ».
De la même manière, j’entends beaucoup de personnes monolingues affirmer, avec un peu de honte, qu’elles sont « nulles en langues ».Peut-on penser qu’il existe une gêne innée, qui interdirait à quelqu’un de devenir bilingue ? Ce serait ridicule. A mes yeux, les difficultés des Français avec les langues proviennent plutôt d’un rapport malsain à l’erreur, qui impose la « nullité » comme une évidence.

On ne naît pas nul, on le devient

Votre prétendue « nullité » n’est donc pas inscrite dans vos gènes, mais est le résultat d’un cercle vicieux qui vous a amené à penser que vous n’étiez pas fait pour apprendre les langues. Les facteurs à l’origine de ce cercle vicieux sont culturels, liés à la fois à notre système éducatif et à notre société dans son ensemble.

L’école, grande fautive ?

Depuis quelques années, le débat de la responsabilité de l’Education Nationale fait rage, partant d’un constat simple : bon nombre d’élèves français terminent leur lycée avec un niveau insuffisant en langues.
Inutile de chercher à désigner des coupables, mais les torts de l’école républicaine sont nombreux : initiation tardive, accent mis sur l’écrit au détriment de l’oral, classes trop chargées pour traiter chaque cas individuellement, enseignants au niveau parfois insuffisant… Bref, le constat n’est pas idyllique et explique en partie les lacunes des Français.

Mais le cœur du problème n’est pas là ; il serait plutôt à chercher dans la manière qu’a l’école de sanctionner l’erreur. En effet, qui n’a jamais vécu une « mauvaise note » comme un échec personnel, une preuve que nous n’étions pas à la hauteur ? Ce droit à l’erreur inexistant pousse les élèves français à voir l’apprentissage des langues comme un exercice de style extrêmement codifié : avant d’écrire et de parler une langue, il faut être sûr de ne pas se tromper. En attendant, on n’ose pas communiquer.

Tourner sept fois sa langue dans sa bouche

Cette caractéristique de notre société ne se limite malheureusement pas aux murs de l’école : le Français, par nature, a peur du ridicule. Pour lui, mal parler une langue face à un public est un échec qu’il ne peut supporter. De la même manière, de nombreux étrangers disent avoir du mal à pratiquer le français en France, notamment à Paris, leurs fautes de langue recevant bien souvent un accueil glacial. Parler le français, oui, mais seulement sans erreur.
Si vous ne pouvez rien faire face à de tels comportements, je vous invite à vous inspirer de ces étrangers qui apprennent le français. Ils font des fautes, qui prêtent parfois à sourire, d’accord. Mais quand vous les écoutez parler, ne vous sentez-vous pas admiratifs face à leurs efforts et leurs progrès, souvent rapides ?
La bonne nouvelle, c’est que des étrangers qui vous entendront parler leur langue auront tendance à penser la même chose. Ils seront même prêts à vous aider et vous encourager !

Bart Simpson

C’est sûr, avec une telle mentalité, vous n’êtes pas au bout de vos peines !

Le ridicule ne tue pas et il peut rendre polyglotte

Un individu « nul en langues » est donc avant tout un individu inhibé, ayant peur de commettre des erreurs et exagérant leur importance, comme l’explique très bien la personne interviewée dans cet article. Soyons réalistes : en parlant une langue étrangère, vous en ferez des fautes, et pas qu’un peu ! A force d’expérimenter, votre maîtrise de la langue sera plus sûre, votre accent s’améliorera et vous prendrez confiance en vos capacités.
Alors, que vous ayez décidé de vous mettre à l’anglais, de réactiver votre espagnol du lycée ou d’attaquer votre cinquième langue, faites-moi plaisir : pratiquez sans plus attendre. Parlez, écrivez, faites des fautes. Ce ne sera pas du temps perdu.
En adoptant cet état d’esprit, vous sortirez de l’obsession du zéro faute et les progrès ne se feront pas attendre.

Alors au travail ! 😉

2 réflexions au sujet de « Non, vous n’êtes pas nuls en langues ! »

  1. Julien

    Et c’est sans compter que même les locuteurs natifs font des erreurs. Mais une langue servant à faire passer un message du locuteur à l’interlocuteur, si le message n’est pas dans la langue « académique » mais qu’il est compris, peut-on réellement considérer un écart entre le message et le même « académique » comme une erreur ?
    Par rapport à la France et son aversion pour l’erreur, on n’emploie quasiment jamais ce terme, surtout dans le milieu scolaire. On parle de faute, Et la nuance n’est pas anodine.
    En sport, quand on parle d’une erreur d’arbitrage par exemple, on dit implicitement que l’arbitre est un être humain, que s’il est loin de l’action, il ne peut pas bien voir, il peut avoir la vision de l’action caché par un joueur etc. Mais quand on parle d’une faute, il a tous les éléments pour bien juger (que ce soit sur le moment ou après coup avec les assistants, la vidéos etc), mais qu’il persiste dans l’erreur.
    Dans le monde professionnel, on ne sanctionne pas une erreur, mais une faute professionnelle.

    Donc parler systémtiquement de faute à l’école, c’est dire à l’élève que c’est lui qui s’est planté et qu’il n’aurait pas du, c’est le mettre dans une situation d’échec. Et il a de grandes chances de reproduire cette inversion faute/erreur plus tard quand il sera amener à juger quelqu’un.

    1. Pierre Auteur de l’article

      Merci Julien pour ton commentaire !
      Tout le problème réside en effet dans la manière dont on considère l’erreur. L’idée de faute est néfaste, car culpabilisante. Pour arriver à parler une langue sans faire d’erreur, il faut justement accepter de la pratiquer en faisant beaucoup d’erreurs, c’est inévitable !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *