7 mythes sur l'apprentissage des langues

7 mythes sur l’apprentissage des langues

L’article de ce lundi sera plus léger que d’habitude, la faute à un programme bien chargé pour les semaines à venir. Comprenez par là que le blog vous réserve quelques surprises pour la suite, que vous découvrirez très prochainement ! En attendant, replongeons-nous dans les mythes et clichés qui gangrènent notre domaine de prédilection, avec cette sélection des sept idées reçues les plus néfastes.

Des mythes tenaces… et complètement faux

Je trouve personnellement dommage que tant de personnes renoncent à apprendre une langue étrangère, non pas parce qu’elles se découragent, mais parce qu’elles ont dans la tête des mythes qui les paralysent.
Il est donc nécessaire d’enfoncer une nouvelle fois le clou et de tordre le cou à certaines idées reçues trop répandues. Cela vous permettra d’y voir plus clair et d’aborder votre apprentissage de manière plus confiante.

Sept clichés sur les langues passés au crible

Il faut avoir un don pour apprendre les langues

« Oui mais toi, tu es doué, moi je suis nul en langues ! »

Certaines personnes semblent avoir une sorte de génie pour les langues étrangères et sont capables d’en apprendre plus d’une dizaine, à un très jeune âge. Peut-être ont-elles une sorte de don, des facilités innées. Je n’aurai qu’une chose à dire à leur sujet, sans sarcasme aucun : tant mieux pour elles.
De votre côté, ne vous focalisez pas sur ce que font les autres et concentrez-vous sur votre propre parcours. Si certains d’entre nous sont peut-être avantagés, en revanche, personne n’est nul en langues. Et n’allez pas me dire qu’en tant que Français, vous souffrez d’un désavantage naturel et irréversible. Il n’y a pas de « malédiction française », les maigres performances de notre pays en la matière ont d’autres sources, que nous avons déjà examinées.

Seul l’anglais est nécessaire

« Tout le monde parle anglais ! Pourquoi est-ce que je m’embêterais à apprendre une autre langue ? »

L’anglais est la troisième langue la plus parlée au monde si on prend en compte le nombre de locuteurs natifs, après le mandarin et l’espagnol. C’est également la langue la plus apprise partout sur la planète, avec un poids économique et culturel considérable. L’anglais ne pourra que vous être utile, surtout en tant qu’Européen, mais vous en contenter serait à mon sens une erreur.
Sorti du monde anglo-saxon et des grandes villes d’Europe de l’Ouest, votre anglais ne tardera pas à montrer ses limites. D’autres langues vous seront alors bien plus utiles, comme l’espagnol en Amérique Latine ou le russe dans les pays d’ex-URSS. Pour de plus amples informations, je vous renvoie à cet article.

Passé un certain âge, c’est mission impossible

« Il faudrait enseigner les langues à partir de la maternelle. Après, c’est trop tard ! »

Encore un point que nous avons déjà longuement abordé. En tant qu’adulte ou adolescent, vous avez des capacités d’apprentissage qui dépassent de loin celles d’un enfant ; vous êtes donc en mesure d’apprendre de nouvelles langues jusqu’à un âge très avancé et ce, de plus en plus facilement.
Je vous recommanderais cependant de faire preuve d’une certaine prudence si vous souhaitez débuter une langue aux sonorités exotiques, comme le mandarin. Pendant l’enfance, notre oreille s’habitue aux sonorités de notre langue maternelle et « se ferme » à celles dont elle n’a pas besoin. Il y a donc certains sons étrangers que nous percevons mal, il est alors nécessaire de rééduquer notre oreille auprès de locuteurs de la langue. En tout cas, pas de panique, votre âge ne constituera en rien un obstacle à cette rééducation.

L’immersion dans le pays, sinon rien

« La seule manière de bien apprendre une langue, c’est de partir plusieurs mois dans le pays pour être en immersion. »

Je vais me faire des ennemis parmi les organisateurs de séjours linguistiques, mais il n’est pas nécessaire de partir dans un pays pour en apprendre la langue. J’irais même jusqu’à dire qu’il est possible d’atteindre un très bon niveau sans jamais mettre le pied dans le pays concerné. Certes, ce n’est ni l’option la plus pratique, ni la plus motivante.
Le problème avec ce mythe, c’est qu’il vous pousse à croire qu’une fois en immersion dans le pays, il se passera quelque chose de magique qui vous fera automatiquement apprendre la langue en quelques mois, sans le moindre effort. La réalité est un peu plus nuancée.
Avez-vous remarqué que certaines personnes venues de l’étranger ont passé plusieurs décennies en France et parlent un français qui pourrait être qualifié de relativement maladroit ? C’est parce qu’elles ont appris notre langue par tâtonnements, sans le socle théorique qui l’accompagne : grammaire, tournures de phrase correctes, etc. Elles ont donc atteint un niveau qui leur permet de se débrouiller au quotidien, mais qui n’est sans doute pas celui auquel vous aspirez de votre côté.

Un séjour en immersion a bien entendu ses avantages : vous avez la possibilité de pratiquer la langue au quotidien et êtes exposé à du vocabulaire de la vie de tous les jours. Il s’agit donc d’une occasion fantastique de faire de gros progrès, à condition d’être actif dans votre apprentissage. Travaillez votre grammaire, révisez votre vocabulaire, n’hésitez pas à demander autour de vous si les tournures que vous utilisez sont correctes. Bref, soyez exigeant avec vous-même, sinon votre séjour linguistique ne vous apportera pas les résultats escomptés.

SOS Fantômes

Le Monde des Langues, ou le SOS Fantômes des mythes en tout genre. Pour vous débarrasser des idées reçues, il suffit d’inverser la polarité du flux de neutrons.

C’est une activité qui prend trop de temps

« J’aimerais beaucoup me remettre à l’anglais, mais je n’en ai absolument pas le temps ! »

Je comprends que votre emploi du temps surchargé vous laisse peu de temps pour travailler. En réalité, l’apprentissage des langues est une activité qui demande relativement peu de temps. Un travail régulier de 15-30 minutes par jour est amplement suffisant. C’est sur la durée que tout se joue : en appliquant ce conseil pendant plusieurs mois ou années, vous atteindrez un excellent niveau, avec un impact négligeable sur votre quotidien.
Il est même possible de combler les temps morts de votre journée avec des mini-sessions très variées : révision sur votre téléphone portable, radio, épisode d’une série en VO… Cependant, n’hésitez pas, par exemple le week-end, à consacrer plus de temps à un sujet particulier, comme un point de grammaire que vous ne comprenez pas bien.
Dans tous les cas, pas besoin d’être à la retraite pour apprendre les langues étrangères, le secret consiste à bien gérer son temps.

Il faut attendre de parler parfaitement avant de le faire avec des locuteurs

« Il faut d’abord apprendre parfaitement la grammaire et, après, seulement, on peut parler. Sinon, on risque de faire trop de fautes. »

Oui et non. Il s’agit bien sûr d’une idée reçue, mais qui recèle un fond de vérité. A l’oral, le mieux est l’ennemi du bien : si vous attendez d’avoir une expression parfaite pour ouvrir la bouche, vous ne vous exercerez jamais, donc vous ne progresserez pas. Logique.
Pratiquez donc l’oral aussi tôt que possible : loin de constituer la finalité de votre apprentissage, il en fait partie intégrante.

Une mise en garde cependant : gare aux mauvaises habitudes ! Pour éviter d’en prendre bêtement, soyez sûr de ce que vous prononcez. Il serait dommage de répéter, donc à terme de mémoriser une mauvaise prononciation ou une tournure de phrase erronée.
Je vous invite donc à procéder par mimétisme : dans un premier temps, ne répétez que les mots et expressions que vous avez entendus et dont vous connaissez la prononciation. Si possible, pratiquez avec des personnes susceptibles de vous reprendre quand vous faites des erreurs. Ainsi, vous prendrez de bonnes habitudes à l’oral et partirez sur des bases solides.

Certaines langues sont impossibles à apprendre

« Le russe/japonais/chinois… est beaucoup trop difficile. Je ne connais personne qui ait réussi à le parler parfaitement. »

Aucune langue n’est impossible à apprendre. Toutes possèdent des caractéristiques qui les rendent plus ou moins difficiles. Par exemple, si le finnois possède une grammaire particulièrement complexe et exotique, avec ses quinze cas grammaticaux, sa prononciation est plus ou moins évidente, avec un accent tonique toujours placé sur la première syllabe. A l’inverse, si le chinois implique d’apprendre des centaines de sinogrammes, sa grammaire est réputée assez simple. La difficulté d’une langue est donc subjective et repose principalement sur ce que vous trouvez facile ou difficile.

Ensuite, cette difficulté perçue est principalement due à l’éloignement de la langue apprise par rapport à votre langue maternelle ou celles que vous avez apprises. Par exemple, pour reprendre l’exemple du finnois, c’est une langue assez éloignée de la nôtre, donc plutôt difficile à apprendre pour un Français. En revanche, un Estonien, dont la langue maternelle est très proche du finnois, s’en sortira beaucoup plus facilement. De la même manière, l’italien me semble très simple, car les bizarreries grammaticales de cette autre langue latine sont finalement assez proches de celles du français, que je connais déjà. En revanche, un Russe trouvera l’italien beaucoup plus difficile à apprendre qu’une autre langue slave, comme l’ukrainien.
Encore une fois, tout est relatif et aucune langue n’est fondamentalement plus difficile qu’une autre.

Crédit photos : Katy Kristin.

Les 6 clés pour parler allemand

6 réflexions au sujet de « 7 mythes sur l’apprentissage des langues »

  1. christelle

    Ha j’avoue que le mythe 4 m’a bien aidée quand même ! Comme tu dis il faut être exigeant et ne pas se reposer sur ses lauriers. j’avais toujours un petit carnet de notes avec moi en Irlande et en Ecosse et je faisais beaucoup d’échanges de conversation avec des étudiants. C’est bien de parler mais c’est aussi bien de se faire corriger ! Chacun a sa manière de progresser après…

    1. Pierre Auteur de l’article

      Voilà, une immersion à l’étranger n’est réussie que si on est actif. De nombreuses personnes passent des mois voire des années dans un autre pays sans en apprendre la langue, parce qu’elles n’en ont pas fait l’effort. Malheureusement, ce n’est pas automatique !

  2. Thomas

    Super article !
    Très intéressant, surtout pour le quatrième mythe. D’ailleurs, qu’est-ce que tu penses du site « Fluent in 3 months » de Benny Lewis ?

    1. Pierre Auteur de l’article

      J’en pense le plus grand bien même si, à titre personnel, je n’aime pas trop le ton, trop anglo-saxon à mon goût. Et j’avoue avoir du mal avec la notion de language hacking.

      1. Thomas

        Perso, j’ai un peu de mal avec son attitude parfois assez condescendante et moqueuse (surtout quand il répond dans les commentaires à des gens qui ne sont pas d’accord avec lui) et avec son refus apparent de comprendre que la timidité est un problème réel et non illusoire.
        Mais que veux-tu dire par le fait que le ton est trop anglo-saxon ?

        1. Pierre Auteur de l’article

          A vrai dire je n’ai jamais trop vu ses réponses aux commentaires, je lis rarement les commentaires des autres sites.
          Concernant la timidité, il doit prendre ça un minimum au sérieux, vu qu’il a lancé une formation dessus avec Shannon d’Eurolinguiste.
          Par « ton anglo-saxon », j’entends un côté très outrancier, le fait de parler de hacks ou de superpowers, plus cette espèce de culte de la personnalité organisé autour de lui dans la communauté polyglotte. A côté, j’ai l’impression d’apporter plus de retenue, bref, un ton plus français 🙂

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