Abibac, la section franco-allemande

L’Abibac ou section franco-allemande : pour qui, pour quoi, comment ?

Souvent, la langue allemand fait peur, fait fuir ! Mais parfois, et j’ai tendance à dire de plus en plus, elle attire des curieux, qui deviennent des passionnés. Et cela a été mon cas et ma volonté de choisir l’option Abibac au lycée afin de me perfectionner et de me sentir plus proche de cette culture allemande. L’Abibac, qui est la contraction d’Abitur et Baccalauréat, est un cursus binational, qui permet aux plus chanceux d’obtenir à la fin un double diplôme.

Cet article a été écrit par Erika, lectrice du blog, qui m’a proposé de vous faire découvrir l’Abibac, le fameux baccalauréat franco-allemand. Après le témoignage de Laure, j’ai trouvé intéressant de publier un nouveau récit sur cette langue passionnante mais mal aimée.

« Non, tu as choisi allemand en LV2 ?! Mais pourquoi tu as fait ça ? »

Au collège, nous avons la possibilité de choisir une langue vivante 2 (LV2). Dans mon petit collège, nous avions le choix entre l’espagnol ou l’allemand. Tous se battaient pour pouvoir prendre espagnol. Pour moi, le choix a vite été fait ! J’allais apprendre l’allemand. Cette langue me semblait si mystérieuse, avec des intonations particulières, mais cela m’attirait, inévitablement.
Ils étaient une soixantaine en cours d’espagnol, nous étions douze exactement en cours d’allemand. On nous appelait « les exclus », or, nous nous sentions privilégiés ! Parce que nous étions douze personnes très motivées et un professeur pour douze élèves, c’est plutôt agréable comme ambiance de travail.
Depuis ce jour où j’ai choisi d’apprendre l’allemand et toute ma vie durant, on n’a eu de cesse de me poser cette question : « mais, pourquoi ? ». Comme si nous, amoureux de l’allemand, étions des personnes anormales, dénuées de sens ! Or, jusqu’à aujourd’hui, je ne l’ai jamais regretté.

Choisir l’option Abibac au lycée

Après mes deux premières années d’apprentissage de langue allemande au collège, j’ai appris qu’au lycée je pourrai choisir l’option Abibac. Souvent, les gens confondent l’Abibac et l’option européenne allemande. Ce ne sont pas les mêmes filières et les deux n’ont pas les mêmes buts. Dans le premier cas, la chose en plus est qu’il y a la délivrance d’un double diplôme à la fin, plus un voyage de minimum trois mois, obligatoire, en Allemagne.

Malgré ce que l’on pense, ce sont des filières sélectives, et dans mon cas, j’ai dû passer un test d’entrée. Je devais faire la présentation d’un sujet de mon choix, durant trente minutes devant un jury. Après cela, le jury devait sentir notre degré de motivation, car il est vrai que l’Abibac demande beaucoup d’investissement personnel.

Palais du Reichstag - Berlin

Palais du Reichstag – Berlin – 2010

Présentation de la section Abibac

Justement, lorsque je parle d’investissement personnel, je pèse mes mots. En Abibac, nous avions onze heures d’allemand par semaine, partagées entre des cours d’histoire-géographie et de littérature allemande dispensés uniquement en allemand. Le programme d’histoire-géographie était différent du programme français, plus centré sur l’Allemagne même. En littérature, nous étudions des œuvres. Les deux premières années, de petites œuvres, et en terminale, pour nous, c’était du Goethe.

Cette année, l’Abibac fêtera ses 22 ans. L’examen, créé lors de la signature de l’accord intergouvernemental franco-allemand en date du 31 Mai 1994, se prépare sur trois ans.
En Allemagne, cette section est ouverte à partir de la Gymnasiale Oberstufe (équivalent du lycée en France), et à partir de la classe de seconde des séries générales pour les français.
Actuellement, et d’après l’ambassade de France en Allemagne, cette formation est proposée par une soixantaine d’établissements allemands dont un à Paris, et un peu moins d’une centaine de lycées français, dont cinq établissements basés en Allemagne même. Généralement, les établissements sont jumelés avec un lycée du pays partenaire, pour une immersion encore plus totale.

Le but est essentiellement d’acquérir un très bon niveau en langue allemande, ce qui est toujours apprécié des recruteurs et toujours utile à la poursuite des études supérieures, et de se familiariser avec cette autre culture. Accessoirement, avec l’Abibac en poche, les universités allemandes vous ouvrent grand les portes.

La seconde franco-allemande

En seconde, c’est un peu un choc qu’il faut encaisser. Tout le monde dit déjà que passer du collège au lycée, c’est déjà un grand pas, alors y rajouter l’Abibac ! Beaucoup doutent de vous et vous font réfléchir à trois fois avant d’y aller. Mais il faut tenir bon et si l’on a réellement la motivation, il n’y a aucune raison d’échouer. Et pour preuve, dans ma section, il y a eu 100 % de réussite.
Certes, à l’entrée, nous venions tous de milieux différents. Certains avaient déjà pratiqué l’allemand pendant quatre années, d’autres uniquement deux. Je me situais dans le deuxième cas. Il est vrai que je sentais la différence, entre eux et moi. Mais je trouve qu’en Abibac on est comme une petite famille, et jamais je ne me suis sentie délaissée ou mise de côté. Bien au contraire ! Les professeures nous faisaient toujours tous participer et prenaient le temps, même avec ceux qui avaient plus de mal. Et même entre élèves, nous étions très solidaires.

En fin de seconde, c’est le grand baptême du feu ! Il est obligatoire de réaliser un échange Sauzay ou Voltaire, soit aller vivre respectivement trois ou six mois en Allemagne. Il fallait donc trouver une famille d’accueil allemande qui souhaitait aussi participer au programme. Pour ce faire, nous étions bien aidés et j’ai vite trouvé une correspondante à Berlin. Une fois sur place, je vivais dans sa famille, m’imprégnait de cette culture, allais à l’école, j’étais une Allemande d’adoption pour quelques mois et c’était magique ! Berlin est une ville très plaisante et très agréable à vivre. Il y a énormément de choses à voir et à découvrir, on s’y sent tout de suite bien. En me perdant dans certaines rues, je découvrais toujours des endroits qui me plaisaient de plus en plus, et je dénichais mes propres petits coins de paradis. Le mode de vie allemand, bien que différent du nôtre en France, reste un modèle européen. Encore une fois, il est réellement très facile de s’y adapter, sans pour autant vivre un choc, tout en mangeant de la Currywurst ! Enfin, l’école m’a permis d’avoir une vraie vie sociale allemande. Entourée d’adolescents typiques de là-bas, je n’ai pu que renforcer mon sentiment d’appartenance à ce pays.
Un voyage bien enrichissant, sur le plan humain, mais pas que. En effet, à mon retour, mes progrès étaient flagrants, et il n’y avait plus de différences entre ceux qui à leur entrée en Abibac n’avaient pratiqué que deux ans d’allemand et les autres.

Horloge d'Alexanderplatz - Berlin

Horloge d’Alexanderplatz – Berlin

La première et la terminale

Après la seconde, vous pouvez choisir de continuer dans la filière générale de votre choix : S-L-ES. Vous garderez vos cours d’Abibac avec la même classe qu’en seconde, mais serez ensuite dans d’autres classes pour les matières générales des filières choisies. Les emplois du temps relevaient sans doute du casse-tête chinois pour ceux qui en avaient la responsabilité, mais ils étaient très bien faits !
Et maintenant que le niveau en langue allemande était bien pour tout le monde, et que nous avions de très bonnes bases, il fallait pouvoir suivre le rythme avec les nouveaux cours. J’avais choisi d’aller en première scientifique, et j’avoue que j’ai dû beaucoup m’investir, cette section s’étant révélée ne pas être réellement faite pour moi. Mais pour tout dire, ce n’est pas l’Abibac qui me posait problème, mais plutôt les matières scientifiques. Comme quoi, il ne faut pas toujours tout mettre sur le dos de l’Abibac.
Durant deux ans donc, j’ai dû beaucoup travailler, parce que la chose importante à savoir est que si jamais vous êtes amené à redoubler, vous ne pourrez plus continuer l’Abibac… D’où ma motivation !

En terminale, c’est le stress des épreuves du baccalauréat…et de l’Abitur. Ces dernières ont lieu une semaine après que les épreuves du bac ont été passées. Et il s’agit d’une épreuve de composition en histoire et en géographie, une épreuve écrite en littérature allemande et une orale avec un inspecteur venu tout droit d’Allemagne. A noter tout de même, que pour les épreuves en français, vous n’avez pas l’histoire-géographie et l’épreuve de langue vivante une, étant donné que vous les passez en allemand, il y a ensuite une correspondance des notes obtenues aux épreuves allemandes pour votre bulletin et note finale du bac.
Puis l’attente… L’attente… L’attente… et FELICITATIONS, vous êtes abibachelier !

La joie, la fierté, la photo de classe finale, les au revoir… et la suite pour toi ?

Comme je l’ai expliqué précédemment, il y a beaucoup de possibilités avec l’Abibac. Dans ma promotion, beaucoup ont continué dans la voie des études franco-allemandes. En droit franco-allemand, en études d’interprétation et traduction, études de langues, des BTS en commerce international, etc. D’autres ont déménagés en Allemagne. Certains ont complètement changé de voie et se sont tournés vers des écoles de commerce, des écoles d’ingénieur en sciences. Tout est possible finalement !
Pour ma part, j’ai fait une école de commerce. Pas parce que je n’en pouvais plus de l’allemand, bien au contraire, je suis toujours en amour de cette langue. Mais je souhaite avoir un métier où j’aurai à pratiquer les langues, sans pour autant devenir une professeure d’allemand !

Je sais maintenant avec le recul, que l’Abibac est réellement un plus. En passant les concours pour mon école de commerce, cette particularité n’était déjà pas passée inaperçue. Il est vrai que selon les domaines choisis, l’Abibac aura plus ou moins son importance, mais dans mon cas, en école de commerce, c’était un gros avantage. Bien que, dans le cas où elle aura moins d’importance, le fait que vous soyez une personne très motivée et désireuse d’apprendre ressortira malgré tout.
Ce cursus m’aura vraiment permis d’approfondir mon allemand, car toute seule, où dans un système classique, je n’aurais jamais atteint ce niveau obtenu au final (niveau B2 d’après le Cadre Européen commun de référence pour langues – CECRL, soit être au minimum « utilisateur avancé, indépendant »).

Trabant à Checkpoint Charlie, Berlin

Des Trabants près de Checkpoint Charlie.

Alors, la section Abibac est-elle faite pour vous ?

Je ne dirais pas que grâce à l’Abibac, j’ai pu par la suite apprendre d’autres langues étrangères avec plus d’aisance et de facilité, car toutes les langues du monde ont des particularités et certaines difficultés. Et nous sommes tous différents. Certains ont la capacité d’apprendre très rapidement, de pouvoir beaucoup emmagasiner, d’autres moins. Mais ce qui est certain, c’est que l’Abibac, de par son cursus de langue si intensif m’a aidé à mieux apprendre… l’allemand ! Et à part peut-être le fait d’aller vivre dans ce pays, je n’aurais sans doute pas pu y arriver en ne suivant pas cette section.

Finalement, la motivation est, selon moi, le terme premier à prendre en compte si vous pensez à choisir cette option. Il faut choisir de vouloir y aller, et savoir pourquoi ! Parce que vous adorez l’allemand ? Parce que vous voulez poursuivre vos études en Allemagne ? Parce que pour l’instant vous ne savez pas à quoi l’Abibac pourra vous servir un jour, mais vous savez que vous avez un lien avec cette langue ? Il y aura autant de motivations que d’êtres humains, mais autant de cours d’allemand par semaine peut vite devenir lassant et épuisant, il faut faire attention.
Il faut également penser à pouvoir tenir le rythme, avec les autres cours à côté. Car l’Abibac devient vite le point central, cependant, les autres matières générales seront toujours présentes, et il faudra pouvoir gérer sur les deux tableaux, en même temps, ce qui n’est pas un exercice si simple pour tous.

Me concernant, je suis toujours très fière d’avoir choisi cette section au lycée. J’en garde de très bons souvenirs, une ambiance de classe excellente, avec des professeures géniales, outre le fait que professionnellement parlant, ce sera toujours un plus. J’ai gardé contact avec ma famille et mes amis d’Allemagne, et il n’est vraiment pas exclu que j’y retourne un jour, bien au contraire ! J’ai dû beaucoup donner de ma personne, il est vrai, mais finalement, les résultats étaient bien présents.

Sources des images : Bjoern Schwarz (en-tête), Erika pour les autres.

Vocabulaire express
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À propos Erika

Après quelques voyages plus où moins longs à droite et à gauche du globe, Erika est maintenant en quête de nouvelles aventures. Fraîchement diplômée d'une école de commerce, et toujours passionnée par les langues étrangères et la découverte d'autres pays, cette dernière songe maintenant à continuer sa carrière de globe-trotteuse mise sur pause pendant quelque temps.

5 réflexions au sujet de « L’Abibac ou section franco-allemande : pour qui, pour quoi, comment ? »

  1. Julia

    Bonjour,

    L’article est très intéressant, je l’avais lu avant d’entrer en Abibac, ce qui m’a réconforter dans mes envies.
    Je suis donc actuellement en Seconde Abibac et je vais partir 6 mois en Allemagne à partir de février.
    Il est évident que c’est une section avantageuse, mais qui ne laisse pas le droit à l’erreur. Je suis arrivée en septembre dans la section avec un niveau en allemand plutôt faible et le choc que j’ai reçu les premières semaines a été très dur à encaisser, je me rappelle encore du nombre de soirées à pleurer à cause de mon professeur d’histoire-géographie (en allemand) qui me rabaissait… Le rythme était de plus en plus rapide et compliqué à suivre.
    Heureusement, j’ai une classe très solidaire (nous sommes tout de même 39 élèves dans la classe dont 25 en section Abibac) et des professeurs qui sont là pour moi quand il le faut, et qui sont presque irréels quand on remarque leur pédagogie extraordinaire.

    Je tiens simplement à prévenir les futurs élèves d’Abibac que c’est une section sélective, quelques peu élitiste, qui vous demandera beaucoup de travail, un investissement personnel et une réelle motivation. A côté de ça, c’est une section qui permet à beaucoup de s’épanouir, de rencontrer de très belles personnes et d’avancer avec (la plupart du temps) des professeurs attentifs et qualifiés.
    Si vous pensez avoir le profil adéquat, n’hésitez pas !
    Je suis partie de rien (même pas de niveau A2 en allemand), et pourtant j’arrive maintenant à un bon niveau dans la langue allemande que je compte encore améliorer grâce à mon échange d’un an.
    Soyez motivés, travailleurs et vous y arriverez !

    1. Erika

      Bonjour Julia,

      Je te remercie pour commentaire! Je m’y retrouve dans pas mal de points, comme tu l’auras aussi remarqué. Tu verras que cet échange sera un réel tremplin, et que lorsque tu seras de retour, tous les cours en allemand te seront tellement plus fluides. Outre l’aspect pédagogique, ce voyage sera aussi très enrichissant sur le plan personnel, tu verras.
      En tous les cas, je te souhaite d’en profiter pleinement et de ressortir de ces trois années de lycée avec le baccalauréat dans une poche, et l’Abitur dans l’autre 😉

      A bientôt.

  2. La petite licorne

    Bonjour ,

    Je suis actuellement en 3eme et je fait allemand depuis la 6eme. Je suis partie 3 mois en Allemagne avec le programme Brigitte Sauzay de août à novembre. L’année prochaine je compte peut être faire l’AbiBac mais je viens d’entendre parlé de la seconde européenne allemande et j’aimerais savoir la différence entre ces 2 seconde et aussi savoir les débouchées une fois qu’on a fait une des 2 classes.

    1. Erika

      Bonjour,

      il y a quelques différences en effet.
      En abibac tu auras des cours de langue allemande, littérature, histoire et géographie, culture et civilisation. La première difference étant qu’en section européenne, tu n’auras pas de cours de littérature.

      Aussi, la plage horaire des cours en allemand est moins intense en section européenne (11 heures par semaine pour l’Abibac contre 3 à 4 heures par semaine en section européenne).

      Il y a une échange obligatoire de minimum trois mois en Allemagne en Abibac, mais pas en section européenne (du moins, s’il existe il n’est pas obligatoire.)

      Aussi, au moment de l’épreuve:
      L’Abibac comprend une épreuve specifique d’allemand a l’écrit et une épreuve specifique d’histoire géographie
      La section européenne comprend une épreuve de langue Lv1 commune à tous les candidats du bac et une épreuve specifique de DNL.

      Au final on a deux diplômes en Abibac (baccalauréat et abitur) et donc la possibilité de poursuivre ses études dans un établissement allemand. Et un seul diplome en section européenne (lé baccalauréat).

      Selon moi, tout dépend de tes motivations et de ce que tu comptes faire avec ton Abibac. La section européenne te spécialisera en allemand c’est certain, mais n’a pas les mêmes objectifs que la section Abibac.

      En esperant avoir repondu au mieux à tes interrogations,
      Erika.

  3. Jade CLAUDÉON

    Bonjour Erika,

    Je suis actuellement en seconde générale et je me dirige pour la rentrée 2017 en première ES Abibac ( j’ai choisis abibac pour aller dans le lycée que je voulais et ils m’ont accepté sur lettre de motivation ).

    Je suis motivée mais j’ai très peur d’échouer car je ne suis pas du tout patiente surtout devant mes leçons.

    Cette année j’ai eu environ 16 de moyenne en allemand et j’ai eu la chance de participer à 2 échanges d’une semaine ainsi qu’au programme Sauzay de 3 mois. Je suis actuellement en allemagne ( du 10 mai au 27 juillet ) mais je n’arrive vraiment pas à suivre les cours. Aurais tu des conseils ?

    Ma correspondant viens en France dès la rentrée donc j’espère qu’elle pourra m’aider pour les 3 premiers mois en Abibac.

    Ensuite, étant en ES mon coefficient d’histoire au bac est de 8, ce sera le même coefficient avec Abibac ?

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