Commencer à apprendre le turc

Se lancer dans l’apprentissage du turc

Apprendre le turc, c’est une aventure dans un nouveau monde. Un monde à la croisée des civilisations, entre Europe et Asie, entre monde chrétien et monde musulman. Le turc, c’est la Turquie naturellement, mais pas seulement. Notre regard doit porter plus loin pour découvrir les atours de cette langue et notamment ses origines et son influence.

D’ailleurs, l’histoire du turc sert à merveille tous les récits des plus grands conquérants de notre ère. Apprendre le turc, c’est une invitation à comprendre de plus près des traditions séculaires, un art de vivre et des gens d’une hospitalité sans pareille.

Note : cet article vous est présenté par Paul du blog Sur le bout de la langue. Il nous y livre ses secrets sur cette langue et ses meilleures recettes pour commencer à la parler en quelques semaines.

Mais autant vous prévenir d’entrée de jeu : cette langue n’est pas facile pour les francophones. Pourtant, à l’apprendre on se prend au jeu et on en demanderait vite davantage tant elle est passionnante. Avant de vous lancer, il vous faut une bonne stratégie. Pour vous faire gagner du temps, je vous la donne en quelques points et vous invite à plonger dès maintenant dans ce nouvel univers.

Qui sont les turcophones ?

Il y a un paradoxe étonnant quand on mentionne le turc. On a l’impression de ne rien connaître de ses locuteurs et de son environnement, alors qu’on en parle beaucoup. Vous souvenez-vous de ce débat interminable sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ou du conflit à Chypre entre communautés grecques et turques ? Ou encore, avez-vous déjà entendu parler du leader médiatique turc qu’est Erdogan ? Oui. Alors c’est parfait. Peu importe que vous ayez un avis sur ces différentes questions, le plus important étant que la Turquie fait parler d’elle jusqu’à chez vous.
Cela veut dire que la langue turque est vivante, utilisée et qu’il existe un intérêt immédiat à l’apprendre. Peu importe également que l’on soutienne ou non la cause. Le politique passera au second plan pour cette fois.

Ce qu’il faut retenir par-dessus tout, au-delà de ces agitations, c’est que les Turcs sont un peuple ancien avec des identités plurielles. On pense naturellement à l’Anatolie et à Istanbul quand on se penche sur la terre nourricière des Turcs. Toutefois, sur un fond de toile sociologique, Les Turcs sont aussi présents en Europe occidentale et plus singulièrement en Allemagne. Pas de surprise en cela, puisque l’Allemagne connaissait dans les années 1960 un miracle économique et qu’un traité fut signé avec la Turquie pour faire affluer la main d’œuvre dont manquait la république fédérale. Alors qui sont les Turcs, et d’où viennent-ils ?

Les premiers Turcs

Je parlais à l’instant de conquêtes. Celles-ci ont été le ciment de la culture turque à travers les âges. Venus des vastes plateaux sibériens et d’Asie orientale, les Turcs ont été un peuple de guerriers nomades n’ayant aucune crainte de la puissante Chine ou de la Perse. À cette époque de transhumance, autour du Ier millénaire, les Toungouses, les Turcs et les Mongols ne formaient qu’un.
A mesure que les siècles passèrent, certaines tribus devinrent sédentaires comme les Kazakhs ou les Kirghizes. On retrouve dans les écrits anciens le fait que ces deux tribus étaient particulièrement attachées à leurs terres.
D’autres avaient un goût prononcé pour les explorations et poussèrent toujours plus loin leurs migrations. Les plus célèbres d’entre eux sont sans conteste les Huns qui finirent par livrer bataille aux Alains en Allemagne.

Les historiens estiment que la scission entre Mongols et Turcs est due au fait que les premiers s’étendirent à l’est, là où les autres préférèrent l’ouest. C’est donc ici que nos chemins se séparent avec les Mongols.

En migrant vers l’ouest, les Turcs rencontrèrent l’islam au IXème siècle à l’emplacement de l’actuel Ouzbékistan. Ce sont les Samanides, une dynastie iranienne, qui les conduisirent vers le chemin d’une foi que les Turcs entretiennent toujours aujourd’hui (oui enfin, une partie d’entre eux).

L’apogée des Turcs

Les Turcs sont un peuple de conquérants comme nous l’avons vu. Ils s’installèrent en Anatolie au XIème et évincèrent petit à petit les derniers vestiges de l’empire romain : les Byzantins. La capture en 1453 de Constantinople, ancienne Byzance et future Istanbul, fera date dans l’histoire du pays.

Mais c’est à partir de 1299 que les choses devinrent intéressantes. C’est à cette date qu’est fondé l’Empire ottoman, l’un des plus puissants jamais créés sur Terre. La continuité territoriale de cet empire était tout simplement hallucinante. Tracez un trait entre la frontière algéro-marocaine jusqu’à la capitale yéménite, Sanaa, puis remontez jusqu’aux portes de la Russie et finissez le travail en allant jusqu’à Budapest en Hongrie. Voilà, vous visualisez un peu ?

L’empire tiendra plus de six siècles avant de s’effondrer. La Turquie devient une république en 1923 grâce à Mustafa Kemal Atatürk, surnommé « le père des Turcs ». Atatürk mettra fin au sultanat, imposera la laïcité, supprimera les caractères ottomans au profit de l’alphabet latin pour inscrire la langue turque dans la modernité. Vaste programme à l’époque !

Ephèse

Les ruines de la cité d’Ephèse, dans l’ouest du pays.

Les Turcs d’aujourd’hui

Maintenant que vous y voyons plus clair sur les origines des Turcs, essayons de voir qui ils sont aujourd’hui. Pour écrire cet article, j’ai choisi 10 faits qui résument assez bien les choses :

  1. Ankara est la capitale de la Turquie, pas Istanbul : sa position centrale a été privilégiée pour équilibrer le pays (nd Pierre : et aussi pour éloigner le pouvoir de Constantinople et rompre avec le passé ottoman).
  2. 79 millions d’habitants : soit le pays (potentiellement) européen le plus peuplé après l’Allemagne.
  3. Sixième destination touristique mondiale : la Cappadoce et la ville d’Antalya sont parmi les plus attractives avec des plages d’une beauté…
  4. Premier producteur mondial de noisettes : les turcs ont également introduit les tulipes et le café en Europe. Et pour clore le tableau, ils produisent du vin depuis 6000 ans !
  5. 3ème plus grand nombre d’utilisateurs de Facebook après les Américains et les Britanniques.
  6. Plus de journalistes incarcérés que nulle part ailleurs : c’est la mauvaise nouvelle du jour.
  7. 150 nouveaux sites archéologiques mis à jour tous les ans.
  8. La Turquie a 82 693 mosquées soit plus que nul autre pays dans le monde.
  9. Le droit de vote des femmes en 1930 pour l’éligibilité au niveau local et 1934 au niveau national. Pour mémoire, il aura fallu attendre 1944 pour les Françaises.
  10. Il n’y a pas de chameau en Turquie parce que pas de désert en fait !

Comment apprendre la langue

Ok, nous y voilà ! Apprendre le turc n’est pas idée dépourvue de sens comme nous venons de le voir. Maîtriser la langue peut être une excellente idée pour ceux voulant en faire usage pour le travail, les ONG, le tourisme, le shopping, etc.
Ce qu’il faut savoir, c’est que vous avez à faire à une langue agglutinante. Autrement dit, une langue qui ne repose pas sur le modèle du français ou de l’anglais mais sur celui du finnois, du tamoul ou encore du basque. Allons voir tout cela de plus près 😉

Les surprises de la langue

Une langue agglutinante est une langue où vous venez ajouter des préfixes ou des suffixes à un radical pour créer du sens. Regardez l’exemple ci-dessous :

Yorgun = la fatigue

Yorgun-um = je suis fatigué

Même si cela peut paraître effrayant, on se prête aisément au jeu. D’autant que la langue turque est d’une régularité sans faille. Pas ou peu d’exceptions, des règles grammaticales figées dans le marbre et pas de concepts incompréhensibles.

Oui, alors il y a bien des petites choses qui n’existent pas en français mais elles n’ont rien d’insurmontable :

L’harmonie vocalique : c’est le propre de la famille des langues altaïques. Cette harmonie vient régir l’organisation des voyelles quand vient ajouter un suffixe à un radical. L’idée c’est d’avoir une langue prononçable, même avec un grand nombre de suffixes. Dans l’exemple, ci-dessous, le suffixe pour exprimer le pluriel (-ler / -lar), s’accorde en fonction de la voyelle du radical.

Kedi (chat) => Kediler (chats)

Insan (personne) => Insanlar (personnes)

Pas de verbe être ou avoir : oui, ces deux verbes ne sont pas directement utilisés. Ce sont des constructions particulières qui permettent de les exprimer.

Le parfait non constaté : le turc est très précis dans les temps qu’il utilise. Celui-ci permet de faire allusion à un fait qui s’est déroulé dans le passé sans que sa véracité ne soit prouvée. Pas mal hein 😊

Le dubitatif ou le suppositif : c’est exprimer l’idée d’avoir un doute ou de faire une supposition. En d’autres termes, le turc ne ressemble pas en français sur ce point-là non plus. Nous dirions plus « je doute que » ou bien « je suppose que » alors que les turcs ont des suffixes qu’ils ajoutent aux verbes pour teinter le sens de ces deux notions. Génial.

Izmir

Izmir, troisième ville du pays et important port de la mer Egée

Ce que vous devriez faire pour bien commencer

Toutes ces différences avec le français rendent l’apprentissage du turc extrêmement grisant. Avec peu de connaissances, il est possible de baragouiner de manière tout à fait honnête.

Pour se lancer efficacement dans cette langue, je vous conseille vivement de :

  1. Commencez par les bases avec l’alphabet. Il comporte quelques particularités comme le « ş » ou le « ı ». Mais vous n’aurez aucun mal à l’intégrer.
  1. Ensuite, il est essentiel d’apprendre les 200 premiers mots de vocabulaire. D’abord, parce que le vocabulaire turc est franchement différent. Mais j’ai une bonne nouvelle ! Après les langues turque et arabe, le français est la troisième langue d’influence du turc. Nous retrouvons des mots comme lavabo, kamyonet, şoför (chauffeur), frisör (coiffeur), etc. Ça rend donc les choses extrêmement intéressantes ! Comme la langue marche sur une extension des mots, il y a de fortes chances pour que les mots que vous connaissez reviennent avec d’autres suffixes. Du coup, vous pourrez en deviner le sens !
  1. Enfin, apprenez les constructions utiles comme « avoir » et « être », ainsi que les principaux suffixes de temps et de personnes.

Quelques chansons pour entendre la langue

La référence pop folk turque.

L’unique rockeur digne de ce nom de Turquie.

Apprendre le turc : conclusion

Si vous prenez la décision de vous mettre au turc, vous aurez le champ libre pour un brin d’orientalisme. Non seulement vous vous débrouillerez en Turquie mais vous pourrez également vous faire comprendre en Azerbaïdjan, au Turkménistan, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, au Kirghizistan et au-delà encore. Vous pourrez goûter à des cultures méconnues et qui m’ont subjuguées. A bientôt Sur le bout de la langue.

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À propos Paul

Paul est un amoureux des langues. Il en parle 5 et s’étonne toujours des bizarreries grammaticales de certaines langues. Loin de le décourager, c’est ce qui ravive la flamme de sa passion débordante. Ses différents voyages ont été l’occasion de mettre en pratique ses langues et de rencontrer des gens fabuleux. Il est convaincu que les langues sont la clé.

6 réflexions au sujet de « Se lancer dans l’apprentissage du turc »

  1. Mamadou Oury Bah

    Bonjour Paul, vraiment ravis de lire ton article et je te remercie de tout coeur pour l’ensemble des informations qui tu as bien voulu partager avec le monde. Je suis aussi un passionné des langues et j’ai actuellement à mon actif 3 (Français, Arabe et anglais). Je suis entrain d’apprendre le turc à Istanbul actuellement et je peux t’affirmer, sans aucun doute que ses informations m’ont éclairé à plus d’un titre et me faciteront d’avantage l’apprentissage du Türk.
    NB: Dans l’article, parlant de l’harmonie vocalique et plus précisément le pluriel en turc, dans les exemples: kedi = Chat et non chien. C’est köpek= chien. Aussi j’ai besoin du livre mais j’ai pas pu accéder au telechargement .
    Chapeau à toi et bon courage.

      1. Mamadou Oury Bah

        Salut. Je veux le guide pour partir sur de bonnes bases dans mon apprentissage. Je n’arrive pas à le télécharger si tu peut bien m’aider. Merci

  2. Ismail

    Bonjour,

    La Turquie est le premier producteur et exportateur mondial de noisettes (70% du marché mondial), mais aussi premier producteur mondial de :
    – Cerises
    – Abricots
    – Figues
    2e producteur mondial de melons et pastèques …. derrière la Chine
    etc.

    Paradoxalement connue pour ses kebab et grillades, la Turquie est finalement une sorte de paradis pour les végétariens … (domaine peu exploité par les restaurateurs turcs CQFD)

  3. Ismail

    Les chameaux et dromadaires font bel et bien partie du patrimoine culturel et historique de la Turquie. Ils étaient très nombreux en Turquie jusqu’au siècle dernier lorsqu’il y avait encore de nombreux nomades (il n’y a pas de « déserts » en Turquie mais de très nombreuses steppes).
    1937 : 120,000 têtes de bétail / 1980 : 12,000
    Aujourd’hui il en resterait 1,500 principalement utilisés sur les lieux touristiques ou dans des combats de chameaux lors de festivals culturels.

  4. Ismail

    Votre article est très intéressant, je me permets ici juste quelques infos complémentaires ou rectifications.

    La dernière c’est que je ne pense pas que la lettre « ş » soit particulièrement difficile a prononcer, il s’agit en fait de la combinaison « ch » en français comme dans « chat » ou « chemin ».
    Je pense que vous faisiez plutôt allusion à la consonne « ğ » qui n’existe pas en français.
    Pour les voyelles c’est effectivement la lettre « ı » (i sans point) qui pose problème et qui se prononce entre le « é » et le « i »
    Ce sont les deux seules lettres (avec peut être le « r » roulé) qui peuvent paraître difficile pour un francophone. La langue turque est par ailleurs assez régulière et ne présente que peu d’exceptions.
    C’est selon moi surtout dans la syntaxe et les nombreuses tournures spécifiques à la langue turque que réside la vraie difficulté.

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