Par Pierre

16 juin 2014

langues europe

Nous reprenons le voyage entrepris dans la première partie de ce dossier sur les langues d’Europe, pour nous attarder sur d’autres familles indo-européennes. Après avoir examiné les langues romanes et germaniques, attardons-nous sur les groupes balto-slave et celtique, puis sur les langues n’appartenant à aucune de ces catégories.

Le groupe balto-slave

L’origine commune des langues baltes et slaves (le proto-balto-slave) est aujourd’hui communément admise, bien que certains chercheurs continuent de penser qu’il s’agit de deux familles de langues indo-européennes bien distinctes. Parlons tout d’abord des langues baltes, nous garderons le gros morceau que constituent les langues slaves pour la suite.

Langues balto-slaves
Les langues baltes sont en jaune, les trois groupes de langues slaves en nuances de vert.

Les langues baltes

La famille balte comporte deux branches : l’occidentale et l’orientale. Les langues composant la première ont aujourd’hui disparu, tandis que deux ont survécu dans la branche orientale : le letton et le lituanien. On considère généralement que ces deux langues ont commencé à évoluer séparément à partir du Ve siècle.
Le letton et le lituanien ont survécu au sein de l’URSS, de 1940 à 1990, malgré la pression du russe dans leurs pays respectifs, pour devenir en 2004 langues officielles de l’Union Européenne. Le nombre de locuteurs du letton s’élève à 1,4 million de personnes et celui du lituanien à 3,2 millions, une partie se trouvant en-dehors des frontières de Lettonie et de Lituanie.
Pour finir, une remarque à l’attention des amateurs de linguistique : le lituanien possède de nombreux traits archaïques et est donc considéré comme une langue indo-européenne relativement « pure ».

Les langues slaves

Les langues slaves constituent, avec les langues romanes et germaniques, le troisième grand groupe de langues indo-européennes parlées en Europe. Comme toujours, ce groupe est divisé en plusieurs branches ayant évolué séparément les unes des autres.

Langues slaves
Les trois grandes aires où sont parlées les langues slaves.

La branche occidentale

Elle regroupe les langues parlées dans la partie occidentale de l’aire linguistique slave, soit l’Europe centrale. Cette branche contient notamment le polonais, le tchèque et le slovaque. Ces deux dernières langues sont très proches l’une de l’autre et restent largement intercompréhensibles.
A l’intérieur de la branche occidentale, on peut également identifier certaines langues minoritaires comme le cachoube ou le silésien, parlées principalement en Pologne.
Le sorabe constitue un cas à part, à savoir celui d’une petite famille comprenant deux langues, le haut-sorabe et le bas-sorabe, tous deux parlés dans la partie est de l’Allemagne. Le peuple sorabe constitue une survivance assez étonnante de l’implantation des Serbes dans la région, avant leur migration en direction des Balkans, au VIIe siècle.
Les langues slaves occidentales s’écrivent toutes au moyen de l’alphabet latin.

La branche orientale

Cette branche comporte principalement le russe, qui est de loin la langue slave la plus parlée au monde, ainsi que l’ukrainien et le biélorusse. Ces deux langues subissent néanmoins une forte concurrence de la part du russe, parlé par une grande partie de la population, en Ukraine comme en Biélorussie.
Le rusyn (ou ruthène), relativement proche de l’ukrainien, fait également partie de la branche orientale et est parlé dans plusieurs pays : Ukraine, Pologne, Roumanie, Croatie, Serbie, Slovaquie…
Toutes les langues slaves orientales s’écrivent en caractères cyrilliques.

La branche méridionale

Comme leur nom l’indique, les langues slaves méridionales sont parlées dans le sud de l’Europe, plus particulièrement dans les Balkans, sur une bande s’étendant de la Slovénie à l’ouest à la Bulgarie à l’est.
On divise généralement ces langues en deux aires géographiques, l’ouest et l’est.

  • A l’ouest sont notamment parlés le slovène et le serbo-croate. Le slovène est bien sûr présent en Slovénie, mais aussi dans certaines régions d’Italie et d’Autriche. Il s’écrit avec l’alphabet latin.
    Ce que nous appelons serbo-croate est en fait un ensemble regroupant plusieurs langues : le bosniaque (ou bosnien), le croate, le monténégrin et le serbe, ce qui vaut à ce groupe d’être parfois appelé BCMS. Si le croate s’écrit uniquement avec l’alphabet latin, les autres langues BCMS utilisent à la fois l’alphabet latin et l’alphabet cyrillique (cyrillique serbe et monténégrin).
  • A l’est sont parlés le bulgare et le macédonien. Le macédonien est considéré tantôt comme un dialecte du bulgare, tantôt comme une langue à part. Dans tous les cas, ils sont très proches et s’écrivent chacun avec l’aide d’une variante de l’alphabet cyrillique (cyrillique bulgare et macédonien, lui-même dérivé du cyrillique serbe).

Les langues celtiques

Revenons un peu plus près de chez nous pour aborder le cas des langues celtiques. Pendant l’Antiquité, elles étaient présentes sur une bonne partie du continent européen, mais ont été peu à peu supplantées par le latin et les langues germaniques.

Langues celtiques
Les six langues celtiques présentes en Europe.

De nos jours, elles survivent dans trois pays : la France, l’Irlande et le Royaume-Uni. Ces langues encore vivantes sont nommées « celtiques insulaires », car elles sont nées sur les îles britanniques, une situation qui les a relativement préservées. Le groupe des langues celtiques insulaires est divisé en deux sous-catégories :

  • Langues gaéliques : elles dérivent toutes les trois d’une langue commune, le vieil irlandais, qui a donné naissance au gaélique irlandais, au gaélique écossais et au mannois. L’irlandais, parlé dans toute l’île, est la seule langue celtique à avoir un statut officiel au sein de l’Union européenne. Le gaélique écossais est bien entendu l’une des langues nationales de l’Ecosse, tandis que le mannois est parlé sur l’île de Man, à mi-chemin entre l’Angleterre et l’Irlande.
  • Langues brittoniques : elles proviennent de l’antique langue bretonne parlée par les habitants de l’île de Bretagne. Le gallois est la langue nationale du Pays de Galles, tandis que le cornique, originaire de la péninsule anglaise de Cornouailles, a failli disparaître, mais connaît aujourd’hui un certain renouveau.
    Contrairement à une idée reçue, le breton parlé dans notre Bretagne continentale ne descend pas des langues gauloises, mais a été apporté entre le IIIe et le VIe siècle par des colons en provenance de l’île de Bretagne. C’est donc pour cette raison qu’il fait partie des langues celtiques insulaires.

A noter que l’autre langue de la Bretagne, le gallo, n’est pas une langue celtique, mais une langue d’oïl, donc latine, si je ne vous ai pas perdu dans la première partie du dossier 🙂

Les autres langues indo-européennes d’Europe

Certaines langues indo-européennes parlées sur notre continent sont relativement isolées et seront donc traitées au cas par cas.

Le grec

Malgré l’immense influence exercée par la Grèce antique et médiévale sur le monde occidental, le grec n’a pas donné naissance à un groupe de langues ayant évolué séparément. Tout au plus à un ensemble de dialectes du grec moderne, lui-même issu de la langue parlé dans l’Empire byzantin. Toutes ces variantes du grec s’écrivent au moyen de l’alphabet grec, qui a peu changé depuis l’Antiquité.
Le grec démotique (c’est-à-dire du peuple) est la forme officielle de cette langue en Grèce. La katharévousa, forme épurée du grec créée par des linguistes pour le débarrasser des influences extérieures, n’a pas réussi à s’imposer comme langue standard, mais est encore utilisée dans certains milieux conservateurs.
Les Grecs habitant l’île de Chypre parlent un dialecte du grec moderne, très proche de la langue du continent.
D’autres dialectes minoritaires sont parlés dans des zones anciennement contrôlés par la Grèce (antique ou byzantine), principalement en Turquie et dans le sud de l’Italie.

L’albanais

L’albanais forme un autre groupe indépendant au sein de la famille indo-européenne. Certains linguistes le classent parmi les langues thraco-illyriennes, parlées dans les Balkans au cours de l’Antiquité et aujourd’hui disparues, mais aucun consensus n’existe à ce sujet.
L’albanais est principalement parlé en Albanie et au Kosovo, où il a le statut de langue officielle, mais aussi dans certaines régions de Grèce, de Macédoine, d’Italie et d’autres pays environnants.
S’écrivant avec l’alphabet latin, l’albanais possède un peu plus de 7,4 millions de locuteurs dans le monde.

Le romani

Il s’agit de la langue parlée par les différents peuples roms d’Europe. Elle a la particularité de faire partie du groupe indo-iranien des langues indo-européennes et se rapproche donc des langues parlées dans le nord de l’Inde, d’où sont originaires les Roms.
Le romani s’est enrichi localement pour former différents dialectes parlés à travers l’Europe tout entière.

Et l’arménien ?

Bien que ce pays soit souvent perçu comme étant proche de l’Europe d’un point de vue culturel, nous considérerons que l’Arménie se trouve en Asie et nous exclurons donc l’arménien de ce dossier. Sachez cependant que l’arménien constitue lui aussi une langue indo-européenne isolée possédant son propre alphabet, parlé principalement en Arménie, en Russie et en Azerbaïdjan.

Enfin ! Nous en avons terminé avec les langues indo-européennes parlées sur notre continent. Nous achèverons notre périple linguistique dans une troisième partie, où il sera question des langues non-européennes.

Partie 1 : les langues romanes et germaniques
Partie 3 : les langues non-indo-européennes

Crédit photo : Eric Fischer sur Flickr

Pierre

Fondateur du Monde des Langues, j'aide les passionnés de langues à devenir plus autonomes et à atteindre leurs objectifs. J'ai eu l'occasion d'apprendre l'allemand, l'anglais, le finnois, l'italien et le japonais.

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  1. Très intéressant cet article. J’ajoute que les langues celtiques, qui sont effectivement apparentées entre elles, sont malheureusement parlées à faible échelle. Pourtant, elles conditionnent l’appartenance à la culture celte. Les historiens pensent donc que, si ces langues disparaissent, les terres (sauf l’Angleterre) que tu as citées, n’auront plus de raison d’être considérées comme Celtes. Evidemment cela serait dramatique.
    En tout cas, bonne continuation sur ce jeune blog très instructif, je suis tombée dessus via la participation d’Aurélien à qui je souhaite une superbe aventure 😉

    1. Salut Christelle,
      Merci pour ce commentaire très intéressant, qui montre bien qu’une culture cesse d’exister sans une langue comme support. Je garde ton blog sous le coude, il est très complet !

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