Vaut-il mieux apprendre une langue étrangère seul ou en cours ?

Vaut-il mieux apprendre une langue seul ou en cours ?

Dans le domaine de l’apprentissage des langues, on distingue souvent deux grandes écoles : les cours et l’autoformation. Cette distinction a l’inconvénient d’être trop simple, car l’une comme l’autre de ces deux options cachent en réalité une immense diversité. Néanmoins, la question que se posent de nombreuses personnes désirant apprendre une langue est elle aussi d’une simplicité désarmante : « dois-je m’inscrire à un cours ou travailler seul chez moi ? ». La réponse est complexe et dépend de chacun. Essayons d’y voir plus clair.

Apprentissage en cours ou en autodidacte : quelle différence ?

S’il est aussi difficile de trancher, c’est parce que les deux formules possèdent leurs avantages et leurs inconvénients. Avant d’aller plus loin dans notre réflexion, il est important de bien définir ce qui constitue la différence entre un cours et l’autoformation.

Le cours de langues, ou l’accompagnement humain

Ce qui caractérise le cours, c’est bien entendu la présence d’un professeur en chair et en os. Que le cours soit particulier, en groupe ou dispensé par correspondance, une personne est là pour dispenser un savoir et contrôler votre progression.
C’est donc l’avantage du cours : vous n’êtes pas seul, quelqu’un est là pour vous guider et s’assurer que vous restiez sur les rails. En plus d’offrir un cadre rassurant, un professeur est (normalement) un expert de la langue qu’il enseigne. Il est là pour répondre à vos questions, son accent peut être imité sans problème et il est capable de vous exposer les plus fines nuances d’une phrase. A l’inverse, si vous apprenez seul, vous vous retrouverez régulièrement face à un mur de questions sans réponses.

L’apprentissage en autodidacte, une traversée en solitaire

Concernant l’autoformation, c’est tout le contraire : vous n’avez pas de professeur ou, plutôt, vous êtes votre propre professeur. Apprendre seul n’oblige pas à renoncer à un support pédagogique : les méthodes de langues et autres logiciels d’apprentissage existent précisément pour se substituer à la présence d’un enseignant.
L’inconvénient de l’autodidaxie est bien évidemment la solitude qu’elle impose : vous êtes livré à vous-même et n’avez personne pour vous motiver ou vers qui vous tourner en cas de doute. Il n’est pas étonnant que cette manière de procéder effraie tant les débutants. Les polyglottes chevronnés, quant à eux, préfèrent souvent travailler seuls, grâce à la flexibilité qu’offre l’apprentissage en solo.

Le moyen idéal d’apprendre une langue ? Il n’y en a pas !

Cet article n’a pas pour objectif de promouvoir une forme d’apprentissage plutôt qu’une autre. Cela n’aurait absolument aucun sens. J’ai appris les langues étrangères autant en cours que seul chez moi et j’en ai à chaque fois retiré des bénéfices.
Au lieu de chercher le meilleur moyen d’apprendre la langue que vous convoitez, demandez-vous plutôt quel format vous conviendrait le mieux, en fonction de votre situation actuelle. Examinons donc les avantages et inconvénients des deux types de formation.

Avantages et inconvénients des cours avec un professeur

Les avantages : l’accompagnement et l’émulation de groupe

La présence d’un professeur est la garantie que vous serez accompagné dans votre parcours. Certains considèrent les cours particuliers comme la panacée, mais je ne suis pas forcément d’accord : un petit groupe solide d’apprenants très motivés aura sur vous un effet bénéfique et fera de chaque leçon un véritable moment de partage. Cela étant dit, si vous pouvez vous payer les services d’un professeur particulier de bon niveau, n’hésitez pas à le faire, car son attention sera toute entière consacrée à vos besoins et vos difficultés.
Pour revenir sur la notion de groupe, il est toujours motivant de se rendre à un rendez-vous régulier où vous avez l’occasion d’être en contact avec des personnes qui partagent vos centres d’intérêt. Si l’isolement est quelque chose qui vous pèse lorsque vous apprenez une langue étrangère, alors les cours peuvent être une option à considérer sérieusement.

Ensuite, un enseignant est, par définition, un professionnel de la pédagogie. En plus de sa connaissance de la langue, il est à même d’expliquer simplement des règles complexes et de vous donner des techniques pour progresser plus rapidement.
Voici également un point propre aux langues étrangères qui n’est pas à prendre à la légère : les sonorités qui n’existent pas en français. Si vous décidez d’apprendre la langue seul avec un CD, vous risquez de mal entendre ces sons car votre oreille n’est tout simplement pas formée à le faire. Si vous les entendez mal, vous les apprendrez de travers et prendrez de mauvaises habitudes à l’oral, dont vous aurez du mal à vous débarrasser par la suite. Pour avoir participé à un cours d’initiation au mandarin, je sais par exemple que si je décide un jour d’apprendre cette langue, je le ferai auprès d’un professeur qui saura me dire si ma prononciation est correcte ou non.

Professeur de langue

Un professeur saura vous accompagner dans votre apprentissage d’une langue étrangère.

Les inconvénients : un apprentissage potentiellement contraignant et inadapté

Disons-le tout de suite, s’inscrire à un cours du soir n’est pas forcément évident. La demande peut être forte, surtout dans les grandes villes, et le délai pour s’inscrire très court, vous n’avez donc aucune garantie de trouver une place. Il faut bien souvent s’acquitter d’une certaine somme, qui peut ne pas être à la portée de toutes les bourses ; comptez entre 200 et 600 € pour des cours collectifs s’étalant sur plusieurs mois, souvent beaucoup plus pour des cours particuliers.
A cela s’ajoutent des engagements qui peuvent s’avérer contraignants : lorsque vous vous inscrivez à un cours, vous acceptez d’être présent chaque semaine à une heure précise et tant pis si vos disponibilités changent en cours de route. Les cours particuliers vous offrent une plus grande flexibilité, encore faut-il que votre professeur soit lui aussi disponible aux heures qui vous intéressent.
La géographie peut également jouer en votre défaveur : si vous habitez loin du lieu où a lieu le cours, ce sera du temps supplémentaire que vous bloquerez pour votre projet.

On reproche souvent aux classes de langues du secondaire d’être surchargées, noyant l’élève dans la masse et l’empêchant de participer à l’oral. Ce même reproche peut être adressé aux cours pour adultes. Quand je vois des étudiants s’inscrire par centaines en première année de licence dans certaines langues, je ne sais pas comment ils peuvent progresser dans des salles aussi remplies.
Si un cours en petit groupe peut avoir de nombreux effets bénéfiques, fuyez ceux qui acceptent un trop grand nombre d’élèves, sauf si vous aimez jouer des coudes pour pouvoir prendre la parole.

Avantages et inconvénients de l’apprentissage en autodidacte

Les avantages : une flexibilité absolue

Par rapport aux cours avec un professeur, l’apprentissage en solitaire présente un avantage de taille : vous apprenez quand vous voulez, où vous voulez. Vous êtes libre d’organiser votre travail comme vous l’entendez. Mieux : vous n’êtes plus limité à des leçons disséminées dans la semaine, vous pouvez réviser sans surcoût aussi longtemps que cela vous paraît nécessaire. Parlons d’argent, justement : à moins d’opter pour une méthode très coûteuse, l’auto-apprentissage vous reviendra bien souvent moins cher qu’un cours. Eh oui, il n’y a pas de professeur à payer !

Autre avantage de taille : vous êtes libre de tester plusieurs supports pédagogiques et de choisir ceux qui vous conviennent le mieux. Un livre de grammaire vous paraît peu clair ? Rien ne vous empêche de vous en procurer un autre. Vous conviendrez qu’il est difficile, dans le cadre d’un cours, de demander au professeur d’adapter ses méthodes d’enseignement en fonction de vos besoins personnels.

Les inconvénients : la solitude et le manque de repères

Le principal problème lorsque l’on travaille seul, c’est bien évidemment… le fait d’être seul. Cet isolement, couplé au manque d’expérience, fait qu’il est souvent difficile de poursuivre un projet d’apprentissage en solitaire au-delà de quelques mois. Il m’a fallu de nombreuses années avant d’être capable d’apprendre seul une langue étrangère, sans me démotiver ou ne plus savoir comment progresser. Pas de panique cependant, en appliquant les conseils que je donne sur le blog, vous y arriverez bien mieux que moi à l’époque !
Difficile ensuite de ne pas mentionner l’absence de locuteurs de la langue. Dans un cours, vous avez en face de vous une personne avec qui vous pouvez vous exercer et qui sera là pour corriger vos défauts de prononciation. Si vous optez pour l’autodidaxie, ce sera alors à vous de trouver des locuteurs de la langue pour discuter avec eux.

Cours de langues et apprentissage solitaire : même combat ?

Avec le recul, j’en suis arrivé à la conclusion suivante : quel que soit le mode d’apprentissage choisi, cela ne changera finalement pas grand-chose à votre projet. Laissez-moi vous donner un exemple personnel : à l’époque où j’étais étudiant, j’apprenais le finnois à la fac. Les cours étaient de très bonne qualité, j’avais donc toutes les cartes en main pour parler couramment finnois au bout de quelques années. Même si je suis parvenu à un niveau honorable, j’estime avoir raté le coche, parce que j’étais tout simplement incapable de m’organiser et de travailler régulièrement en dehors des cours. Rassurez-vous, je vais mieux maintenant, mais ce problème m’a mis des bâtons dans les roues pendant plusieurs années.
Si je vous raconte cette anecdote personnelle, c’est pour vous faire prendre conscience que, dans tous les cas, vous aurez à fournir un travail solitaire. Je recommande toujours de travailler un peu chaque jour : si vous suivez un cours une fois par semaine, il vous faudra donc réviser par vous-même les six jours restants.

Apprendre une langue en autodidacte

Quel que soit votre choix, vous devrez souvent travailler seul.

Apprendre une langue étrangère : un projet personnel aux multiples visages

Avec Internet, les supports permettant d’apprendre et de pratiquer une langue ont été démultipliés : il serait dommage que vous n’en profitiez pas. Même si vous êtes inscrit à une fac de langues avec un emploi du temps chargé, ne vous reposez pas uniquement sur vos cours : révisez régulièrement votre vocabulaire, rencontrez des locuteurs, immergez-vous dans la culture du pays et partez-y si vos moyens vous le permettent.
Pour aller plus loin dans notre réflexion, penchons-nous sur un secteur que vous ne connaissez peut-être pas : les formations professionnelles en apprentissage mixte (blended learning), qui ont pour particularité de mêler apprentissage en cours avec un professeur et en solitaire face à un logiciel. Elles montrent bien que la frontière autrefois bien distincte entre ces deux mondes est en train de devenir beaucoup plus floue.

Je vous invite donc à envisager votre apprentissage comme un projet éminemment personnel et de considérer votre cours ou méthode comme une composante parmi d’autres dudit projet. Même avec le meilleur professeur particulier du monde, vous n’avancerez pas très vite à raison de deux heures par semaine. En revanche, si vous concevez ces deux heures comme le pilier de votre semaine, autour duquel vous ajoutez d’autres activités qui vous font pratiquer la langue, vous partez sur de très bonnes bases.

Conclusion : les cours et méthodes sont un outil, pas une fin en soi

Les deux grandes formules d’apprentissage possèdent donc leurs avantages et leurs inconvénients, je ne saurais donc vous en recommander une plutôt qu’une autre. Le choix vous appartient et il se fera en fonction de vos besoins d’une part et de vos ressources d’autre part. Quel que soit votre format de prédilection, soyez indépendant et diversifiez autant que possible vos activités. Le cours ou la méthode que vous suivez n’est en fin de compte qu’un tremplin. A vous de l’utiliser pour vous élancer et atteindre un apprentissage plus complet et vivant de votre langue cible.

Source des images : Jack Lyons, Zadorspain Spanish language schools, The LEAF Project.

Pack de formations - Vocabulaire

4 réflexions sur « Vaut-il mieux apprendre une langue seul ou en cours ? »

  1. Johanna

    Bonjour Pierre,

    Merci pour cet article.
    Personnellement, j’aime bien le mélange des deux, principalement pour l’émulation et le soutien que représente le groupe. Très honnêtement, j’ai souvent été déçue des méthodes d’enseignement des professeurs (en espagnol, en anglais, comme en hébreu). Ma motivation première à prendre un cours donc l’environnement que cela va me procurer. De plus, un professeur, c’est rassurant, ça dit que tu avance et ça corrige tes fautes !
    Je suis très intéressée par ce que tu dis sur le « blended learning », si tu as des liens/ressources à ce sujet, je suis preneuse !

    1. Pierre Auteur de l’article

      Je ne suis pas très calé sur l’apprentissage mixte (ou hybride) / blended learning, je ne vais donc pas trop pouvoir te renseigner. Si ça t’intéresse, il y a actuellement un cours en ligne sur le sujet, disponible sur la plate-forme France Université Numérique.

  2. laurent morland

    Salut. Je suis un peu déçu de ton article, car tu passe à côté de la véritable problématique de l’apprentissage d’une langue : quelles sont les exercices cognitifs les plus efficaces pour maîtriser une langue. Le distinguo entre cours et autoformation, c’est du bidon. Ce qu’il faut savoir, c’est que quand tu apprend une nouvelle langue, ton cerveau créé de la matière organique pour pouvoir associer des mots et des structures, qu’il ne connaît pas, à des représentations mentales pour fournir un sens (parler) ou produire du sens (écouter). Certains pensent en effet que apprendre une langue nécessite de faire appel à des facultés intellectuelles déjà existantes : c’est complètement faux. Donc le choix est bien dans le moyen le plus efficace pour permettre à ton cerveau de fabriquer les neuronnes et les connections nécessaires pour parler et comprendre une langue. Que tu sois en cours ou un individuel, si tu apprends des mots et des structures dans un sens désordonné et sans un rythme soutenu, ton cerveau ne va jamais savoir quelles types de connections ils doit produire et tu n’avancera jamais. Par contre, si tu as une méthode d’apprentissage à rythme soutenu et régulier, qui colle parfaitement à la manière dont le cerveau procède pour produire et ensuite reconnaître un pattern pour fournir un sens, c’est bingo et tu progressera très vite. Alors, cours ou individuelle c’est juste pour la motivation. Ca n’a rien à voir avec l’apprentissage du langage en lui-même.

  3. Lydia

    De mon point de vue: un savant mélange des deux.

    J’ai tenté le japonais en cours avec une association, une fois par semaine, mais comme je n’avais pas vraiment le temps de travailler de mon côté, je n’avançais pas vraiment. Le travail en groupe était sympa (petit groupe de 5/6 personnes, et la prof japonaise, faisait venir en assistants des étudiants venus apprendre le français à la fac. Confort absolu, puisqu’il y avais souvent 3 japonais pour 6 français, donc impec’ pour la conversation) mais… 20 cours dans l’année, sans vraiment de devoir à faire, ça ne motive pas vraiment à bosser par soi-même, donc bon,j’ai des bases, mais ça ne va guère lus loin.
    Ma motivation était principalement liée aux voyages, mais après 4 voyages au Japon, je n’ai plus prévu d’y retourner dans l’immédiat, donc.. baisse de motivation.

    J’ai repris fin 2017 je russe, que je faisais au lycée, mais n’avais pas pu continuer pour une bête raison: pas de russe à la fac et pas de ressources facilement accessibles ( on était en 1995).
    J’ai donc recommencé en autoformation, après avoir trouvé une méthode audio qui me plaisait, et un cours en ligne. Et constaté l’été dernier en discuant avec des ukrainiens que j’avais retrouvé ET dépassé mon niveau du lycée.
    Pas de secret, le russe est la langue me motive ET suite a une opération et un départ en disponibilité, j’ai eu beaucoup plus de temps à y consacrer. Mais l’autoformation a été le coup de pied aux fesses qui m’a donné de l’aisance à l’oral, ce qui me manquait dans le cadre évidemment mal fichu du lycée.
    Et me voici, en fac de traduction russe/allemand en Belgique. Je n’irais pas au bout du bachelier faute d’argnt, mais je vais trouver une autre solution pour continuer.
    Point de vu sur la fac belge: du bon: le cadre strict, les devoirs à rendre, une méthode magnifiquement éloignée des $ù*^$ de listes de langues ( qui sont le défaut des cours d’allemand de la même fac).
    6 heure de russe, 6h00 d’allemand /semaine, avec 2:00 d’oral, 2:00 d’écrit et2:00 de grammaire. donc ça force à travailler régulièrement les jours où il n’y a pas cours.
    Le problème: je suis partie sur 2 langues que je connaissais, donc, je n’ai pas trop de souci. Mais certains débutaient en septembre, parfis même dan les 2 langues choisies.
    La fac vise un niveau B2 en .. deux quadrimestres. Plus quambitieux.autant dire que ça va à fond ( sans compter les autres matières à côté, français linguistique, droit, éco, histoire, philo.. ). Même pour moi qui ai de bonnes bases, ça va parfois très vite: travail obligatoire en parallèle .Soyons justes: je considère écouter la radio russe ou allemande en faisant la vaisselle, regarder des films en vo, ou discuter avec mes contacts sur Tandem comme des heures de travail linguistique, je ne parle pas de s’enfourner des règles de grammaire de chaque langue 1h00/jour.
    C’est même très exactement ce que je conseillerais en parallèle de cours, qu’ils soient en fac ou en association, parce que ça complète les cours avec ce qui y manque. Et encore plus important pour l’autoformation qui ne bénéficie pas de l’effet de groupe, et surtout, risque vite de se cantonner à une méthode à laquelle on s’habitue, sans varier les accents ou les voix.
    Ce que je ne faisais pas pour le japonais, tout simplement parce que je n’y pensais pas.
    Donc dans mon cas,l’autoformation n’est clairement pas suffisante. Et les cours ne sont clairement pas suffisants, même en intensif. Surtout en intensif, où le cerveau décroche encore plus vite, car c’est marche ou crève. Et ça mon cerveau n’aime pas. 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.