vocabulaire

Le cauchemar de la liste de vocabulaire

De nos années passées à l’école, il nous reste des souvenirs d’exercices particulièrement rébarbatifs et dont l’utilité réelle ne nous apparaît toujours pas comme une évidence. Dictées, problèmes de maths, dissertations, autant de précieuses heures englouties dans ces activités qui ont longtemps constitué un quotidien pas forcément passionnant.
Du côté des langues, la fameuse liste de vocabulaire ne manque pas de susciter des débats houleux : mal nécessaire pour les uns, perte de temps pure et simple pour les autres. Le Monde des Langues s’apprête donc à rendre son jugement sur ces fiches à la réputation redoutable.

La liste de vocabulaire, une vieille hantise

J’ai toujours eu une sainte horreur des interros de vocabulaire imposées chaque semaine, généralement en début de matinée, quand mon cerveau était encore dans un autre monde. J’avais beau passer la soirée de la veille à réviser soigneusement chaque mot ou expression, rien à faire, une fois devant ma feuille, impossible d’en restituer plus de la moitié.
Tandis que certaines personnes disposent d’une mémoire photographique et sont capables de retenir une liste de mots d’un seul coup d’œil, ce n’est pas mon cas, ni celui de la majorité. Je pense même avoir une capacité de mémorisation relativement faible, ce qui ne m’a pourtant pas empêché de parler plusieurs langues et donc de retenir des milliers de mots différents. Peut-être la méthode n’était-elle tout simplement pas adaptée à ma façon de fonctionner ?

Pourquoi vous ne retenez pas votre vocabulaire

Après une enquête minutieuse, j’ai rassemblé plusieurs pièces à conviction à l’encontre de la liste de vocabulaire qui, par certains aspects, est totalement déconnectée de la façon dont notre cerveau fonctionne et retient les choses.

C’est d’un ennui…

Premier argument, plus important qu’il n’y paraît : une liste de vocabulaire est plus ennuyeuse qu’un jour de pluie. Ce problème a déjà été évoqué dans un précédent article, le fait de percevoir une tâche comme ennuyeuse et contraignante constitue une entrave à votre bon apprentissage. Vous vous sentez frustré de ne pas pouvoir mieux employer votre temps, vous avez la sensation que les termes que vous apprenez ne vous serviront à rien… Bref, même si mettre un peu de bonne volonté ne fait jamais de mal, c’est déjà mal parti pour ingurgiter ce fichu vocabulaire.

vocabulaire allemand

La simple vue de cette image suffit à me décourager profondément.

L’absence de contexte

Encore un élément contre-nature présent dans la liste de vocabulaire : pour mémoriser un mot, nous avons besoin de l’ancrer dans un contexte particulier. C’est en grande partie pour cela que nous apprenons mieux les langues en situation réelle que dans notre chambre. Il nous manque un environnement, des sensations ou des souvenirs capables de faire remonter les mots à la surface.

Notre cerveau ne fonctionne pas comme ça

Cette fois, ce n’est pas forcément la faute du professeur, mais force est de constater que peu de pédagogie est faite sur les mécanismes de la mémorisation.
Concrètement, le fait de consacrer une soirée ou un après-midi à sa liste de vocabulaire ne sert à rien et est donc une pure perte de temps. A moins d’avoir bénéficié d’un coup de pouce de la nature, votre cerveau ne fonctionne tout simplement pas de cette manière.

Ebbinghaus et la courbe de l’oubli

Chaque information apprise tend à être oubliée avec le temps. Rien de nouveau pour le moment. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que nous oublions très vite : on estime qu’une heure après un cours, on a déjà oublié 50% des informations apprises ! Rassurez-vous, ce phénomène d’oubli devient moins rapide par la suite et tend même à se stabiliser. Un psychologue allemand du XIXe siècle, Hermann Ebbinghaus, a théorisé ce processus sous la forme d’une courbe de l’oubli, en apprenant des syllabes sans signification particulière et en étudiant la vitesse à laquelle il les oubliait. Comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessous, l’oubli est brutal et très rapide dans un premier temps. Rien d’étonnant, donc, à être incapable de se souvenir de la moitié d’une liste de vocabulaire apprise la veille !

 

Courbe de l'oubli

Nous oublions la majeure partie des informations très peu de temps après les avoir apprises.

Lutter contre l’oubli

Fort heureusement, nous ne sommes pas démunis contre l’oubli et condamnés à finir complètement amnésiques. La solution à ce problème est aussi bête que simple : la répétition. Notre cerveau est conçu pour percevoir une information répétée comme plus importante que les autres. C’est pour cette raison que vous oublierez bien plus facilement le prénom d’une personne croisée une fois que celui d’un ami proche que vous voyez régulièrement. Ne blâmez donc pas vos pauvres neurones pour leur tendance à oublier tant de choses : ils vous rendent simplement service en mémorisant les informations essentielles, tout en éliminant celles qui seraient moins utiles.
Pour lutter contre l’oubli, le système mis en place par Ebbinghaus est la répétition espacée. En d’autres termes, il s’agit de répéter les informations apprises à intervalles réguliers, d’abord très souvent, puis en espaçant les révisions. Plus nous répétons, moins l’oubli devient rapide par la suite, après quoi les éléments appris passent dans la mémoire à long terme et y restent pour de bon.

Courbe de l'oubli

Les répétitions à intervalles réguliers rendent l’oubli de moins en moins rapide.

Travailler régulièrement

Je dois au moins donner raison à nos professeurs sur un point, à savoir la nécessité de travailler régulièrement, en particulier pour le vocabulaire. C’est précisément pour cette raison que je juge préférable de faire plusieurs petites sessions d’apprentissage des langues par semaine, plutôt qu’une grosse le week-end. De cette manière, votre pratique des langues sera constante et vous n’oublierez qu’une petite partie de ce que vous aurez appris. A l’inverse, une longue séance hebdomadaire vous paraîtra sans doute gratifiante sur le moment, mais sera peu fructueuse sur le long terme.
Si vous avez des difficultés à vous exercer quotidiennement, je vous invite à consulter cet article, qui vous aidera à gagner en régularité dans votre apprentissage.

Comment bien utiliser une liste de vocabulaire

Une fois faite cette (longue) mise au point, nous allons voir qu’il est tout à fait possible de bien utiliser une liste de vocabulaire et, surtout, d’en rédiger soi-même pour retenir de nombreux termes de manière très efficaces. En appliquant ces quelques conseils, vous apprendrez donc beaucoup plus rapidement ces satanés mots et expressions.

Faites court

Si vous faites vous-même votre liste, veillez à ce qu’elle ne soit pas trop longue, non pas par fainéantise, mais parce qu’il vous sera plus facile de la réviser en plusieurs petites sessions. Si ladite liste est un cadeau empoisonné de l’école ou de la fac, divisez-la en plusieurs blocs d’égale longueur. Essayer d’apprendre une longue liste d’un seul coup est une perte de temps, donc ne passez pas sur cette étape.
Ensuite, n’hésitez pas à établir des divisions encore plus fines, par exemple de cinq ou six mots. Nous verrons dans un instant en quoi c’est important.

Répétez souvent les mots que vous ne savez pas et moins ceux que vous savez

Vous ne pourrez rien y faire, certains termes rentreront mieux que d’autres. Concentrez-vous donc sur ces éléments récalcitrants, au besoin, faites-en une liste séparée, et répétez-les aussi souvent que possible. A l’inverse, vous pouvez vous permettre de répéter moins souvent les mots et expressions que vous retenez facilement, mais n’oubliez pas de le faire, car vous risquez de les oublier eux aussi.
Si vous avez fait de petits paquets de cinq ou six mots, révisez-les ensemble et ne passez à la suite que lorsque vous les connaissez sur le bout des doigts.

Révisez régulièrement et selon vos points forts

Encore une fois, essayez de faire des sessions très courtes et régulières, pendant les temps morts de votre journée. Les transports en commun sont par exemple l’idéal pour apprendre du vocabulaire.
Adaptez enfin ces sessions à ce qui vous convient le mieux. Certaines personnes ont besoin de répéter à voix haute ou encore d’écrire les mots qu’elles apprennent. Expérimentez et trouvez la méthode de mémorisation la plus efficace pour vous.

La liste de vocabulaire n’est pas forcément un outil indispensable dans l’étude des langues – on peut très bien s’en passer. Néanmoins, il serait dommage de la jeter aux oubliettes sous prétexte d’un quelconque traumatisme lycéen ou étudiant. Bien employée, elle sera complémentaire de vos leçons et la meilleure compagne de vos temps morts.

Crédits photo : underthesun et Chris Dlugosz

3 réflexions sur « Le cauchemar de la liste de vocabulaire »

  1. Eric

    Et les caractères spécifique d’une langue (Thaï, Cambodgiens, Chinois…) comment les apprendre rapidement avez-vous une recette

    1. Pierre Auteur de l’article

      Pour les caractères complexes comme les caractères chinois, la répétition espacée sur le long terme reste la meilleure solution. Pour les systèmes plus simples (alphabets, syllabaires, alphasyllabaires…), l’astuce consiste à les apprendre avant même de se lancer dans la langue, soit en les écrivant sans cesse, soit avec de la répétition espacée. Une fois qu’on les maîtrise, même imparfaitement, on peut se passer de la transcription en alphabet latin et on progresse beaucoup plus vite. Par exemple, pour le japonais, j’ai révisé les hiragana avant de m’y remettre, ce qui m’a évité d’avoir à chercher des transcriptions. Si je me mets au russe, je ferai la même chose pour le cyrillique.

  2. martine Ruskoné

    Merci pour vos conseils.j’étais satisfaite de Duolingo que j’utilise depuis 6 mois pour apprendre l’ italien. j’ai obtenu 152 couronnes . Tout a bien fonctionné pour les 30 premières unités mais après avoir fini l’unité ADJ 2 l’unité repasse à 0 même chose pour la suivante V.INF 1 . Est-ce un bog ? je n’arrive pas à régler le problème avec DUOLINGO qui communique en anglais, me propose capture d’écran etc…. je vais abandonner. l’aspect « jeu video » n’est pas pour moi . et je ne suis pas compétente en informatique. Quelle méthode me conseillez-vous plus complète. Merci de m’avoir lu

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