Dépasser ses blocages

Pour apprendre les langues, prenez confiance en vous

Voici un sujet que je souhaitais aborder depuis longtemps et qui devrait intéresser le plus grand nombre : la timidité, ennemie séculaire de toute personne souhaitant apprendre et surtout pratiquer une langue étrangère. Souvent citée comme un obstacle insurmontable, la timidité n’est pas pour autant une fatalité ou une maladie honteuse. Il est tout à fait possible de se débarrasser de ses blocages et de ses inhibitions à n’importe quel âge, cet article est justement là pour vous y aider.

Comment la timidité affecte votre apprentissage

S’il y a un problème qui revient régulièrement lorsque des personnes de tous horizons me font part de leurs difficultés face aux langues, c’est bien la timidité, sous diverses formes : « j’ai peur de prendre la parole », « je suis paralysé dès que j’ouvre la bouche », « je n’ose pas parler car j’ai un accent horrible ». Bref, le manque de confiance en soi apparaît comme une véritable épidémie.

La prophétie auto-réalisatrice du « Français nul en langues »

Si le problème est aussi présent en France, c’est avant tout parce que nous vivons dans un climat peu favorable à l’apprentissage des langues étrangères. Nous l’avons vu dans un précédent article, à force de vous entendre dire que vous étiez « nuls en langues » car Français, vous êtes nombreux à avoir intégré cette énormité. Pour cette raison, vous partez justement du principe que vous êtes mauvais et vous vous conformez à cette image. Comment avoir confiance en vous avec un postulat de départ aussi peu encourageant ?
Je ne m’étalerai pas davantage sur ce mythe bien connu car j’ai déjà eu l’occasion de le faire, mais il est certain qu’arrêter d’y croire est un premier pas pour vous débloquer dans votre pratique d’une langue étrangère.

Pourquoi la timidité est-elle est un obstacle ?

Si la timidité revêt un caractère aussi problématique dans notre domaine, c’est tout simplement parce qu’elle constitue un obstacle à la pratique. Vous n’osez pas écrire ou parler dans votre langue cible, donc vous ne vous exercez pas, donc vous ne progressez pas. La logique est implacable.

Avant toute chose, et cela n’engage que moi, je ne pense pas qu’il y ait un quelconque avantage à tirer de la timidité. On entend souvent dire que les timides seraient dotés d’une capacité d’écoute exceptionnelle, d’une finesse psychologique à toute épreuve, ou encore d’un tempérament réfléchi qui les amènerait toujours à prendre les bonnes décisions. C’est peut-être vrai pour certaines personnes, mais cette vision du timide rendu surhumain par ses difficultés est un brin caricaturale. Il n’y a guère que les personnages de bandes dessinées qui se retrouvent dotés de pouvoirs extraordinaires suite à un événement malheureux.
Pour devenir un superhéros ou une superhéroïne des langues, n’attendez pas de miracle et cessez de vous trouver des excuses : vous n’avez rien à gagner à rester timide. Je l’ai été pendant très longtemps, je sais donc de quoi je parle. Dire « Je suis content d’être timide » équivaut à clamer « Le travail c’est la santé ! » alors que vous êtes en train de vous tuer à la tâche : vous vous enfermez dans une illusion pour ne pas voir la réalité de votre situation.

Introversion, extraversion, la grande foire de la psychologie de comptoir

S’il est si difficile de surmonter ce problème, c’est parce qu’il est aussi banal que mal connu. Après tout, quoi de plus commun qu’un timide, cette personne effacée qui semble ne jamais vouloir ouvrir la bouche ? Cette méconnaissance amène de nombreuses personnes bien intentionnées à formuler des opinions et conseils déconnectées de la réalité, comme les soi-disant qualités du timide évoquées plus haut, ou encore le fameux « C’est dans la tête ! ». On sait à présent que de nombreuses maladies peuvent avoir une cause psychologique, le fait qu’elles « soient dans la tête » n’exclut pas une prise en charge médicale !
Si vous avez-vous-même entendu cette remarque et l’avez trouvée agaçante, c’est parce que vous avez conscience que vos craintes sont en grande partie imaginaires, mais que vous ne parvenez pas à vous en débarrasser.

Autre étrangeté très en vogue, la distinction entre introvertis et extravertis. Selon les tenants de cette hypothèse, le monde se diviserait schématiquement en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent les introvertis et les extravertis, sans réelle nuance entre les deux.
Si l’opposition entre introversion et extraversion existe bel et bien dans la typologie jungienne et ses dérivés, soit des modèles pour décrire la psychologie d’un individu, d’une part elle n’en est pas la seule composante, d’autre part Carl Gustav Jung lui-même se refusait à un étiquetage trop restrictif.
Alors quand j’entends des personnes dire « J’agis de telle manière parce que je suis extraverti. » ou commencer une phrase par « Comme je suis introverti, je… », cela m’agace profondément. Non seulement elles emploient pour se définir un système qu’elles ne maîtrisent pas, mais elles vont jusqu’au s’enfermer dedans. Ainsi, j’ai vu de nombreux timides se qualifier d’introvertis, alors qu’ils ne l’étaient pas forcément, se fournissant au passage une excuse commode pour ne pas prendre leur problème à bras-le-corps. Après tout, si vous êtes d’une timidité maladive, c’est peut-être simplement parce que vous avez une personnalité introvertie, alors que pouvez-vous y faire ? Ce genre de raisonnement est aussi stupide que destructeur, car il vous mène à l’inaction.

Peur du jugement

Un des grands complexes du timide : le fait de se sentir jugé en permanence de manière négative.

Comprendre les causes de la timidité pour mieux la combattre

Cet article n’a évidemment pas vocation à traiter le sujet de la timidité dans son ensemble, je n’en ai ni l’intention, ni les qualifications, aussi n’aborderai-je que les points liés à l’apprentissage des langues.

Un manque de confiance en vos capacités

La principale cause de votre timidité est une absence de foi en votre capacité à atteindre vos objectifs. Vous croyez dur comme fer que vous partez avec un désavantage, comme une mauvaise oreille, une mémoire désastreuse ou encore une allergie aux règles de grammaire. Votre croyance en ces dogmes que vous vous êtes imposés est si forte que vous n’osez plus les remettre en question.
Cessez donc de vous alourdir les épaules avec ces bêtises : sauf problème grave et avéré (autisme, surdité…), vos faiblesses sont en grande partie imaginaires. Respirez un peu et offrez-vous le droit de réussir, car il n’y a aucune raison pour que vous ne le méritiez pas.

Ces fausses croyances sont le résultat d’expériences négatives survenues à un moment de votre vie, généralement pendant l’adolescence. Même si je ne veux pas me lancer dans un procès à charge, l’école a bien souvent un rôle à jouer dans cette affaire, puisque basée sur des pratiques punitives : mauvaises notes considérées comme une faute personnelle, commentaires lapidaires sur les bulletins, notes de participation qui sanctionnent les élèves timides, classements voire copies classées par résultats qui établissent une hiérarchie dans la classe… Si tous les enseignants n’ont heureusement pas une pratique aussi rétrograde de leur métier, certains marquent leurs élèves et leur laissent penser que la matière n’est pas faite pour eux. Si on ajoute à cela l’ambiance très concurrentielle qui règne entre les adolescents, on comprend bien pourquoi l’école crée autant de vocations qu’elle génère de dégoût pour certaines disciplines.
Si le passage par l’école a eu sur vous cet effet désastreux, rassurez-vous : votre scolarité n’aura qu’une influence infime sur votre apprentissage des langues. Cette période est derrière vous, offrez-vous un nouveau départ.

Comme je le rappelle dans une récente vidéo, si vous avez été capable d’apprendre votre langue maternelle, alors vous avez tout ce qu’il faut pour apprendre n’importe quelle autre langue. Vous n’avez pas besoin de plus.

Des attentes irréalistes et une mauvaise compréhension de l’apprentissage

En tant que timide, vous avez une fâcheuse tendance à placer la barre très haut, beaucoup trop haut. Etre exigeant est une bonne chose, mais si le simple fait de faire une faute de grammaire ou de mal prononcer un mot suffit à vous faire penser que la langue vous résiste, peut-être serait-il temps d’avoir des attentes plus réalistes. Lorsque j’écoute des polyglottes étrangers parler français, même à un très bon niveau, il n’est pas rare qu’ils laissent échapper une tournure un peu étrange, un nom masculin étrangement devenu féminin, etc. Ces imperfections décrédibilisent-elles leur propos ? Pas le moins du monde.
Cessez donc de vous concentrer sur le négatif et de lui donner plus d’importance qu’il n’en a réellement. Si vous regardez ma vidéo en six langues, vous remarquerez peut-être que tout n’est pas parfait dans la manière dont je m’exprime. Qu’importe, je me suis donné le droit de tenter cette expérience qui a été très positive et j’ai pu utiliser les critiques que j’ai reçues pour m’améliorer. Rien de tout cela n’aurait été possible si je m’étais dit que tout le monde allait se moquer de moi et décidé de ne pas publier la vidéo.

Il n’y a aucun mal à être débutant et même totalement ignorant dans une langue, surtout quand on sait qu’il en existe plusieurs milliers sur Terre. Acceptez donc de devoir faire vos premiers pas et offrez-vous enfin ce droit à l’erreur que vous vous êtes toujours refusé.

L’anxiété sociale ou la peur d’être jugé en permanence

Un autre symptôme de la timidité est la conviction que si vous ne réussissez pas à parler parfaitement, vous allez déclencher fous rires, moqueries et remarques acerbes. Si une telle conception paraîtra absurde à certains, elle est plus répandue que vous ne l’imaginez.
Cette anxiété sociale se manifeste le plus souvent face à des locuteurs natifs, plus principalement en voyage. Lorsque vous vous trouvez à l’étranger, vous êtes confronté à des personnes qui ne sont pas forcément passionnées par l’apprentissage des langues et qui ne font pas toujours preuve de compréhension face aux apprenants. Dans ces conditions, il peut être difficile de garder son assurance face à des locuteurs impatients. Je suis sûr que vous avez déjà vécu au moins une fois la situation suivante : vous posez une question à une personne prise au hasard et vous la voyez froncer les sourcils, après quoi elle répète ce que vous venez de dire sur un ton agacé, comme si vous étiez le dernier des idiots ; peu désireuse de chercher à comprendre ce que vous venez de dire, elle rompt le contact et s’en va. De tels cas existent bel et bien et ne sont évidemment pas agréables, mais ils restent rares. Une expérience négative de temps en temps doit-elle vous pousser à croire que vous n’avez aucune chance de réussir ?

En pratiquant régulièrement la langue, vous vous rendrez vite compte que la majorité des locuteurs natifs à qui vous vous adresserez seront au contraire ravis de vous aider dans votre projet. Si jamais vous deviez tomber sur une personne réellement nocive, êtes-vous obligé de continuer à la fréquenter ? Il y a plus de sept milliards d’êtres humains dans le monde, vous pouvez bien vous passer de quelques-uns d’entre eux.
A ce propos, comme toutes les activités, l’apprentissage d’une langue peut être considéré avec scepticisme ou hostilité par l’entourage d’un individu. Je n’ai jamais compris pourquoi certaines personnes mettaient tant d’énergie à essayer de convaincre leurs proches qu’apprendre telle ou telle langue était une perte de temps et d’argent, mais c’est un phénomène courant. Si vous vous retrouvez un jour dans ce cas de figure, mieux vaut ignorer le donneur de leçons, qui aura d’ailleurs rarement une connaissance approfondie de votre langue cible.

Le reste du temps, débarrassez-vous de cette peur du jugement. Oui, parfois, vos fautes feront rire, mais c’est tout simplement parce qu’elles provoquent un effet inattendu ! Arrêtez de voir des critiques sous-jacentes dans toutes les réactions que vous suscitez et exprimez-vous librement.

Jetez-vous à l'eau !

Pour réussir, faites preuve d’audace et jetez-vous à l’eau !

Surmonter la timidité est avant tout un choix

Je pense que tout le monde s’est un jour ou l’autre retrouvé dans un état de blocage, dans l’incapacité d’agir. Devrait-on pour autant en déduire que tout le monde est timide ? Si, plus haut, je présentais ce problème comme une « mauvaise excuse », c’est bien parce qu’il est trop souvent utilisé comme tel. Surmonter vos inhibitions passe nécessairement par une décision de votre part, que personne ne peut prendre à votre place.

L’apprentissage d’une langue, un remède efficace ?

Au lieu de vous sentir victime de la timidité dans votre apprentissage, vous pouvez au contraire utiliser ce dernier comme un moyen de vous tirer d’affaire ! Je vais à présent vous exposer quelques arguments qui devraient vous convaincre d’essayer.
Tout d’abord, l’étude des langues vous mettra rarement dans des situations socialement difficiles : vous n’aurez pas besoin de faire du porte-à-porte ou de prendre la parole devant une immense assemblée. Il est donc tout à fait possible de prendre confiance en vous pas à pas, dans un environnement que vous contrôlez.
Dans cette ambiance apaisée, prenez le temps d’expérimenter avec la langue, de la pratiquer avec des personnes de confiance, bref, de l’utiliser inlassablement jusqu’à en faire une seconde nature. Ainsi, vous aurez tellement l’habitude de l’utiliser que vous la déconnecterez progressivement de la peur que vous pourriez éprouver.

S’entraîner jusqu’à supprimer la peur

Pour faire un parallèle un peu osé, j’ai un jour entendu un militaire expliquer que les mouvements de combat étaient répétés jusqu’à être totalement intégrés, pour pouvoir être utilisés efficacement même dans les situations de stress extrême.
Sauf s’il vous prend l’idée saugrenue de pratiquer une langue dans une zone de conflit, vous ne vous retrouverez jamais poussé de la sorte dans vos derniers retranchements. Néanmoins, le principe est le même : à force d’entraînement, vous finirez par acquérir une confiance à toute épreuve dans votre méthode d’apprentissage et vous saurez relativiser lorsqu’un obstacle inattendu se dressera sur votre chemin.
Procédez par étapes et efforcez-vous de sortir de votre zone de confort en vous lançant de petits défis, comme aider un touriste perdu ou tenir une conversation téléphonique. A force de vivre des expériences largement positives, vous ferez disparaître votre peur de parler.

De l’inhibition à l’admiration

Si le fait d’apprendre les langues est si efficace pour guérir la timidité, c’est parce que le fait d’être polyglotte est universellement perçu de manière positive. Plus vous progresserez dans l’apprentissage des langues, plus vous recevrez de commentaires élogieux sur vos compétences, qui vous encourageront à aller de l’avant.
A l’inverse, la timidité vous enferme dans une vision faussée d’un monde hostile, prêt à punir sévèrement vos tentatives d’expression. Si vous maintenez le cap, vous constaterez au contraire que vos efforts seront toujours bien accueillis, sauf à de très rares exceptions, et susciteront même une certaine admiration. Alors, pourquoi ne pas tenter le coup ? Vous n’avez rien à perdre et tout à y gagner.

Une dernière remarque sur l’anglais

Comme d’habitude dans notre domaine, l’anglais constitue un cas à part et je devais bien lui consacrer quelques lignes. De par sa position dominante, il peut amener de nombreuses personnes à estimer que mal parler anglais équivaut à faire partie d’une catégorie de citoyens de seconde classe, peu éduqués et ne maîtrisant pas la langue des affaires et de la communication internationale.
L’enjeu a de quoi faire peur, il est donc important de préciser que d’une part, votre anglais n’est pas forcément aussi mauvais que vous ne l’imaginez, d’autre part, vous avez toujours la possibilité de vous améliorer sans que personne ne se moque de vous.
J’ai également remarqué que certains apprenants étaient terrifiés de communiquer avec des anglophones natifs, Américains et Britanniques principalement. Si j’ai effectivement croisé des anglophones partant du principe que c’était au reste du monde de se plier à leurs exigences linguistiques, c’est loin d’être une généralité. A contraire, j’ai surtout croisé des anglophones qui avouaient être embarrassés de ne parler qu’anglais !
Cela me permet d’ailleurs d’enfoncer le clou : en pratiquant beaucoup, vous finirez par vous débarrasser de vos inhibitions mais aussi de vos idées préconçues et vous vous rendrez compte que l’apprentissage des langues peut être une activité bien différente de la vision que vous en aviez quelques années plus tôt.

Pour aller plus loin : la formation complète

Si, à l’heure actuelle, vous manquez encore de confiance en vous au moment de parler votre langue préférée, sachez que j’ai créé un programme complet en vidéo sur le sujet.
Il s’agit d’une méthode pas à pas qui vous aidera à gagner en aisance et à remplacer vos peurs par un état d’esprit positif et efficace.

Alors si vous souhaitez en finir une bonne fois pour toute avec vos blocages pour enfin parler les langues avec fierté, je vous invite à lire la page de présentation en cliquant sur le bouton ci-dessous.

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Photos sous licence Creative Commons : Duncan Rawlinson, Jonathan McIntosh, it is elisa.

8 réflexions sur « Pour apprendre les langues, prenez confiance en vous »

  1. Noureddine-D

    Lorsque l’on parle une langue étrangère à un locuteur de cette langue la confiance en soi dépend souvent de sa bienveillance .
    Est il disposé à faire une effort de compréhension ,à aider dans la formulation de la phrase ou au contraire se montre t’il sans sollicitude .
    Dans le second cas les blocages sont certains alors que dans le premier comme par enchantement la timidité disparaît.

    1. Pierre Auteur de l’article

      Tout à fait et le profil « sympathique » est finalement beaucoup plus répandu que l’autre. Après, cet article permet également aux apprenants de prendre conscience qu’ils tomberont sur des personnes peu agréables, mais qu’ils ne doivent pas se démonter pour autant.

  2. joelle

    Bonjour Pierre,
    Je suis enseignante, non pas de langues, mais de sciences. Je suis une ancienne timide, j’étais plutôt bonne en langues dans mon cursus scolaire, mais je me contentais surtout de les écrire et surtout pas de les parler. Mes enseignants n’étaient pas tous des dragons mais je crois que c’était surtout le regard et l’écoute de mes pairs qui me posait problème. J’ai repris l’apprentissage de l’anglais de façon un peu chaotique en utilisant Duolingo et Assimil mais même seule, devant mon écran, j’ai un peu de mal à répéter. Je crois que c’est surtout la peur de ne pas réussir du premier coup qui me freine. Ta proposition d’apprentissage via Skype pourra rassurer et surtout relancer l’élan des premiers jours certains d’entre nous et apprendre à rire de nos erreurs sans l’enjeu d’une note.
    Bonne chance pour le projet à venir, c’est peut-être le plus qui poussera chacun d’entre nous à maintenir son apprentissage sans découragement avec un échange bienveillant.

  3. Alexis

    Tout à fait d’accord avec ton article Pierre. Recevoir un compliment d’un natif de langue dans laquelle tu t’efforces de t’exprimer le mieux possible est le plus beau compliment qui soit. On se dit que notre phase d’apprentissage ou de perfectionnement est en train de porter ses fruits, et ce compliment agit comme une récompense. S’il peut flatter l’ego, il est surtout vecteur de confiance et invite à aller toujours plus loin dans la connaissance de langue comme d’en apprendre d’autres. C’est à ce moment là que le goût pour les langues naît réellement, et que franchir les barrières linguistiques n’a rien d’impossible, bien au contraire ! La peur s’enracine dans celui ou celle qui n’a jamais ou peu pratiqué par crainte d’un jugement qui est presque devenu maladif chez nous en France. Et ce aussi bien dans le milieu scolaire que professionnel plus tard.

    Pour ce qui est de l’anglais j’ai aussi rencontré les deux profils que tu décris. Et effectivement, les exigences linguistiques d’un anglophone natif sont naturellement plus élevées que celle d’un non-anglophone, illusionné qu’il est par ce cliché véhiculé par le monde anglo-saxon du « tout le monde parle anglais » et qui prend aussi dans les pays non-anglophones, ce qui est bien sûr archi-faux. Un locuteur natif, anglophone ou non, devrait s’estimer heureux et fier qu’un autre vienne apprendre sa langue, et donc tout faire pour lui apporter son aide pour une meilleure interaction entre les deux. Ca s’appelle la tolérance et l’ouverture sur autrui. Mais c’est sûr que le monolinguisme n’aide pas à s’ouvrir, car un monolingue n’a jamais été mis en situation de comprendre une autre logique, musique, construction mentale qu’est l’apprentissage d’une langue étrangère. Si c’était le cas, son discours serait bien différent.

    A titre personnel mon anglais est médiocre, et je l’assume sans complaisance. Ce n’est pas pour autant que j’irai me considérer comme une personne inférieure à une autre, parce que je ne maîtrise pas l’anglais. Je refuserai au contraire cette pression sociale injustement dévalorisante du « tout anglais ». Cela ne m’empêche pas de pratiquer d’autres langues et d’en éprouver beaucoup de plaisir ! La valeur d’une personne s’exprime bien au-delà des langues qu’il pratique ou non. On retombe sur le critère du jugement hâtif.

    Apprendre les langues étrangères est au fond quelque chose d’extrêmement accessible, gratifiant et stimulant, tout le contraire d’une inhibition trop souvent mal vécue !

    1. Pierre Auteur de l’article

      Merci pour ton commentaire qui soulève pas mal de points intéressants. Si j’essaie tant d’apporter un état d’esprit positif et sans jugement, c’est parce que je n’oublie pas la réalité du monde : il existe des rapports de force constants entre les langues, avec des dominantes et des dominées. En Occident, l’anglais est évidemment l’actuelle langue dominante et ne pas la connaître revient à tomber dans la catégories des « dominés ».
      Comme je le précise dans l’article, j’ai cependant vu beaucoup d’anglophones très respectueux vis-à-vis des langues : à Paris, énormément de touristes américains font l’effort de parler un peu français quand ils le peuvent. A l’inverse, les comportements les plus oppressifs viennent souvent des non-anglophones (donc a priori souffrant de la domination de l’anglais), qui essaient d’humilier ceux qui ne parlent pas suffisamment bien anglais. Personnellement, j’y vois une sorte de « syndrome de Stockholm linguistique » !

      1. Alexis

        Merci pour ta réponse. Je pensais plus aux Britanniques qui ne font que trop rarement l’effort de parler quelques mots de français, cela leur arracherait presque la mâchoire pour certains ! En revanche, expérience personnelle, à l’occasion de la dernière coupe du monde de rugby et du match France – Italie, les consignes pour évacuer la foule de spectateurs à une écrasante majorité franco-italienne n’étaient données qu’en anglais. N’y aurait-il pas un problème ? Aucun accueil multilingue n’état prévu. Il n’est rien de plus agaçant que de se voir imposer une langue, qui n’est pas notre langue de communication ordinaire. Cela prouve que l’hôte n’en a absolument rien à faire d’être compris que ça en devient méprisant. Peut-on imaginer pareil scénario lors de l’Euro 2016 ? On saura bien nous faire remarquer qu’un accueil en anglais est indispensable.
        Il est vrai que les Américains mettent plus souvent un point d’honneur à s’exprimer dans notre langue.
        Et sur le syndrome de Stockholm que tu décris, c’est curieux mais je n’ai pas le souvenir d’avoir rencontré ce genre d’attitude, du reste peu glorieuse. Ma position est qu’il faut encourager le plus grand nombre à apprendre les langues, en se gardant bien d’humilier une personne dans son apprentissage ou dans ses imperfections linguistiques, parfaitement compréhensibles. D’ailleurs celui qui cherche à humilier en sait bien souvent bien moins qu’un véritable connaisseur de la langue qui ne cherchera pas à se mettre en avant et restera humble.

  4. André

    Bonjour

    Je pense qu’en dehors d’une timidité maladive qui est un handicap pour toutes les activités et pas seulement les langues, il faut atteindre un niveau minimum pour atteindre une certaine confiance en soi et avoir envie de progresser.
    Il y a quelques dizaines d’années pour des raisons personnelles je m’étais mis à l’allemand, je me débrouillais à l’écrit mais à l’oral je n’ai jamais su communiquer.
    A l’école, les langues c’était l’écrit et j’ai toujours eu des difficultés à associer des mots et des sons si bien que cela n’arrangeait pas les choses.
    Quand j’essayais de parler avec les allemands, j’avais souvent la réponse « do you speak english » c’est déstabilisant et je ne comprenais pas grand chose à ce qu’ils disaient en allemand, je ne maitrise pas plus l’anglais.
    Bref, je ne suis pas timide, mais je ne me lancerais dans la communication orale d’une langue avec des locuteurs natifs que si j’étais sur de pouvoir communiquer réellement, pour moi l’oral étant bien plus important que l’écrit.
    Cela dit, étant plus âgé maintenant, dans un but de training cérébral et de maintien de la mémoire, j’ai commencé le russe avec assimil et harraps, un système nouveau m’attirait, à savoir la phonétique, un nouvel alphabet, etc …. L’étude des langues est donc très utile en dehors de la communication.
    Ces réflexions ne sont pas destinées à infirmer ce qui est écrit sur ce blog.
    Bonnes fêtes à tous et mes meilleurs voeux pour 2017. С прздником! и С Нoвым гoдом!

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