Bulle d'immersion

Vivez la langue grâce à la bulle d’immersion

La bulle d’immersion est une notion dont je vous parle régulièrement depuis un moment. Pour cause, il s’agit d’un concept majeur de l’apprentissage des langues étrangères, qui méritait amplement que je lui consacre un article à part. Cette injustice est à présent réparée. Je vous montrerai comment créer autour de vous cette fameuse bulle d’immersion, qui vous permettra d’apprendre une langue encore plus efficacement que si vous vous trouviez dans le pays.

Est-il nécessaire d’habiter dans un pays pour en apprendre la langue ?

Si vous avez lu l’article consacré aux mythes sur l’apprentissage des langues, vous connaissez déjà la réponse : on peut très bien apprendre un très bon niveau dans une langue sans n’avoir jamais mis les pieds dans le pays où elle est parlée.
Je ne nierai évidemment pas qu’un séjour à l’étranger peut avoir des effets bénéfiques. Si cette occasion se présente, ne la laissez pas passer !

Immersion dans un pays : deux cas de figure

Pour clarifier un peu mon point de vue, je vais prendre deux exemples tirés de situations que j’ai personnellement observées. Prenons deux personnes souhaitant apprendre l’espagnol, que nous nommerons Henri et Martin.

Henri, l’expatrié dilettante

Henri a récemment déménagé en Espagne pour travailler dans un grand groupe international. Dans son nouveau service, tout le monde utilise l’anglais, langue dans laquelle Henri se débrouille plutôt bien.
Il se dit que pour faciliter son intégration dans son pays d’accueil, il en apprendrait bien la langue. Comme il a la chance d’habiter sur place, il se sent « en immersion » et pense qu’il apprendra naturellement l’espagnol au bout de quelques mois.

Malgré sa bonne volonté, Henri se retrouve à parler principalement l’anglais, sur son lieu de travail, mais aussi en dehors. Lorsqu’il va boire un verre avec ses collègues de différentes nationalités, tout le monde s’accorde pour parler anglais. Même lorsqu’il discute avec des Espagnols, il lui est plus facile de le faire en anglais. Le soir, en rentrant chez lui, il regarde généralement un épisode d’une série américaine, en VO.

Au bout de quelques mois, Henri se rend compte qu’il a progressé en anglais, mais pas du tout en espagnol. Il ne comprend pas pourquoi car, après tout, il l’entend tous les jours autour de lui, dans la rue et dans les transports.
La raison, vous la devinerez sans doute : Henri n’est pas en immersion en espagnol. Il est immergé dans l’anglais, tout simplement.

Martin, l’apprenant consciencieux

A présent, penchons-nous sur le cas de Martin, qui a décidé d’apprendre l’espagnol, mais qui n’a pas la possibilité d’aller habiter dans un pays hispanophone dans un futur proche. Qu’à cela ne tienne, il décide de s’imprégner de cette culture en utilisant les moyens du bord. Il prend des cours du soir, regarde des films issus de différentes régions du monde hispanophone, écoute des chansons et essaie d’en comprendre les paroles. Il a même trouvé des Espagnols qui vivent près de chez lui et s’efforce de discuter avec eux dès qu’il en a l’occasion.
Quelques mois plus tard, Martin se rend en Espagne. Une fois sur place, il n’a pas de difficultés à se faire comprendre de la population et récolte même quelques compliments sur sa maîtrise de l’espagnol.
Sans surprise, Martin a beaucoup progressé en très peu de temps, car il s’est immergé dans la langue espagnole et l’a pratiquée régulièrement en utilisant des biais variés.

Conclusion : votre apprentissage doit être actif

Au départ, Henri était assez favorisé : habitant en Espagne, il se trouvait dans une position privilégiée pour s’immerger dans la langue espagnole. Il n’a pas su tirer profit de cette situation et n’a pas progressé. Martin, au contraire, était plutôt désavantagé. Il a toutefois appliqué les bonnes techniques et a rapidement pu récolter les fruits de son travail.

Je reconnais que ces exemples sont un peu caricaturaux. Cependant, ils permettent de tirer deux conclusions : premièrement, il est tout à fait possible d’apprendre une langue sans vivre dans le pays ; deuxièmement, il est nécessaire de se créer une bulle d’immersion, même si on a la chance d’habiter sur place.

Bulle d'immersion

Créer une bulle d’immersion : un jeu d’enfant !

La bulle d’immersion : comment la créer et l’entretenir

Pour donner vie à une belle bulle d’immersion, deux ingrédients sont requis : la régularité et la diversité des supports.

Une immersion régulière

Ce n’est plus un secret pour vous, il faut être régulier pour apprendre une langue, tout simplement parce qu’un apprentissage régulier est un apprentissage immersif. Pour ne pas se retrouver complètement saturé, notre cerveau oublie une grande partie des informations qu’il enregistre quotidiennement. Pour qu’il les retienne durablement, il faut les lui répéter régulièrement : pour lui, une information qui revient souvent est une information importante, donc digne d’être retenue. C’est pour cette raison que vous n’oublierez jamais le prénom d’un membre de votre famille, beaucoup plus facilement celui d’une personne rencontrée la veille.

Si vous prenez des cours plusieurs fois par semaine ou si vous travaillez tous les jours sur une méthode, c’est déjà un premier pas vers l’immersion, mais rien ne vous empêche d’aller plus loin.
Si possible, utilisez des supports qui vous donnent envie de revenir dessus d’un jour à l’autre. Les séries en VO en sont un très bon exemple, car à la fin d’un épisode, vous aurez normalement envie de connaître la suite : vous jetterez dessus dès que vous en aurez l’occasion et poursuivrez votre immersion. De la même manière, un bon livre se lit rarement d’une traite, vous vous replongerez donc dedans à intervalles réguliers.

Variez les plaisirs

L’utilisation de supports variés présente deux avantages. Tout d’abord, ils vous feront travailler différentes facettes de la langue : l’écoute, l’écrit, l’oral… Ensuite, ils constituent un puissant levier de motivation. Il est sans doute possible de s’immerger en lisant quotidiennement un dictionnaire pendant un an, mais vous aurez peu de chance de poursuivre cette activité plus d’une semaine.

Amusez-vous en sélectionnant des supports qui vous plaisent et en les variant autant que faire se peut. Si vous aimez les romans, lisez-en ; si vous aimez les films de ce pays, regardez-en plusieurs par semaine ; si vous aimez les jeux vidéo, jouez-y dans la langue cible si cette option existe.

En choisissant les supports que vous aimez et en les renouvelant régulièrement, vous serez sûr de toujours prendre plaisir à apprendre la langue. Un cercle vertueux ne tardera pas à se mettre en place : vos progrès vous permettront d’attaquer des supports plus avancés, comme des romans plus longs et complexes ou des émissions de radio dans lesquelles les animateurs parlent très vite. Ces supports vous rendront encore meilleur, ce qui maintiendra votre motivation à un très haut niveau.

La bulle d’immersion en pratique

Il existe mille et une manières de mettre en place une bulle d’immersion correspondant à votre personnalité. Voici quelques conseils supplémentaires pour la rendre plus efficace encore.

Respectez les quatre piliers

Faites en sorte que vos activités couvrent ces quatre aspects fondamentaux de la langue : parler, écouter, lire et écrire. Pour en savoir plus sur ces quatre « piliers » de l’apprentissage d’une langue, je vous invite à télécharger le guide que j’ai écrit sur le sujet, via le formulaire en fin d’article.
La composante « active » de cette bulle d’immersion (parler et écrire) est un peu plus délicate à mettre en place, puisqu’elle implique que vous entriez en contact avec des personnes parlant la langue. Vous pouvez converser avec des locuteurs via italki (visioconférence) ou Hello Talk (sur votre téléphone). Si vous souhaitez écrire des textes, tournez-vous vers Lang-8.

Profitez de toutes les occasions

En apprenant à bien gérer votre temps, vous vous apercevrez vite que certains temps morts de votre journée se prêtent bien à l’étude des langues. Si vous avez une dizaine de minutes à tuer le matin en attendant le bus, pourquoi ne pas ouvrir un livre, ou encore réviser sur une application mobile, comme Duolingo ou MosaLingua ?

Optimisez votre lieu de vie

Vous pouvez adapter votre domicile pour le rendre plus propice à l’apprentissage. Ecoutez la radio ou regardez la télé quand vous vous préparez le matin, faites-vous des fiches sur les points de grammaire difficiles et affichez-les au-dessus de votre ordinateur.
Je suis très intrigué par les FlashSticks, ces post-it disponibles dans plusieurs langues, à placarder sur les différents objets de votre vie quotidienne. Cette idée d’associer un mot à un objet qui vous est familier est aussi astucieuse qu’intelligente. Je testerai ce système si j’en ai l’occasion.

Autre astuce très utile : mettez votre téléphone et vos services Web préférés dans la langue cible. Vous apprendrez ainsi un vocabulaire très important mais souvent négligé par les méthodes de langues, celui d’Internet et des nouvelles technologies.

Post-it

N’abusez pas non plus sur les post-it, au risque de rendre votre intérieur invivable.

Faites plus qu’apprendre la langue : vivez-la

En définitive, l’avantage ultime de la bulle d’immersion est le suivant : en effectuant des activités que vous aimez vraiment, vous utilisez la langue en même temps que vous l’apprenez. Ce faisant, vous créez une dynamique très puissante, à mille lieues du classique « j’apprends la langue et quand je la connaîtrai assez bien, je l’utiliserai ».

C’est pour cette raison que je vous encourage à créer une bulle d’immersion autour de vous : c’est la garantie d’apprendre une langue dans un cadre motivant, sans vous ruiner, aussi efficacement que si vous habitiez dans le pays.

Crédit images : Ian Strain, Sergey Galyonkin, Aleksi Aaltonen.

6 réflexions au sujet de « Vivez la langue grâce à la bulle d’immersion »

  1. Katy

    Bonjour, J’aime beaucoup votre blog et je me retrouve beaucoup dans votre profil 🙂 Bravo pour cet article, simple et pourtant très juste. Moi aussi j’aime les langues et je partage mes expériences et réflexions sur ma page Facebook L’atelier plurilingue: les 7001 langues https://www.facebook.com/atelierplurilingue . En ce moment j’apprends le japonais. J’aime bien échanger avec d’autres personnes qui partagent cet intérêt pour le plurilinguisme. Je n’en connais malheureusement pas beaucoup personnellement… Bonne continuation!

    1. Pierre Auteur de l’article

      Bonjour Katy,
      Merci pour tes compliments. En effet, je suis frappé de voir à quel point l’approche « globale » (les langues plutôt qu’une langue) est encore peu populaire en France. Mais je pense qu’avec le temps, les gens y viendront naturellement, c’est la plus efficace 🙂

  2. Alexiel

    Bonjour,

    Très intéressant comme article.
    J’ai fais un peu plus de 3 ans de coréen en cours du soir mais sans vraiment m’investir ni m’immerger dans la langue. (et en plus j’étais comme beaucoup atteinte de grosse procrastination donc je n’ouvrais pas mes manuels ni mes cours en dehors de mes 3h hebdomadaires de cours du soir).
    Bref là j’ai arrêté le coréen depuis presque un an (perte de motivation, heures de cours ne me correspondants plus, de plus en plus de difficultés à suivre d’où la perte de motivation etc…).
    Maintenant je sens que je suis en train de perdre le peu acquis donc je vais reprendre des cours mais en me faisant violence cette fois-ci pour procrastiner le moins possible et en m’immergeant comme vous le conseillez.

    Mais j’avais une interrogation : quels conseils (ou méthodes) donneriez-vous pour s’immerger dans deux langues ?
    En effet, à la rentrée je vais certes reprendre le coréen (soit en cours du soir s’il reste de la place soit en autodidacte comme j’ai déjà les bases) mais je vais commencer également le japonais (qui partage avec le coréen une grammaire à peu près similaire).
    Je sais que ça va être compliqué de concilier les deux (d’autant que je suis une procrastinatrice de première) mais c’est le fait de devoir apprendre le japonais pour mon évolution professionnelle qui m’a redonné l’envie de reprendre le coréen pour ne pas l’oublier au profit du japonais (mon coréen étant d’un niveau très basique malgré tout le temps passé à l’étudier)

    1. Pierre Auteur de l’article

      Bonjour Alexiel,
      Le premier conseil que je peux te donner serait effectivement de te remettre au coréen dès que possible, même par toutes petites sessions. De cette manière, tu « limiteras les dégâts » en évitant de trop oublier.
      Ensuite, il n’y a pas de recette miracle pour s’immerger dans plusieurs langues à la fois, il faut forcément faire des choix et répartir son temps équitablement. C’est pour cette raison que je conseille plutôt de se concentrer pleinement sur une langue jusqu’à atteindre des bases solides, avant de passer à la suivante. Tu peux tenter la formule suivante : jusqu’à la rentrée, immerge-toi à fond dans le coréen pour te rafraîchir la mémoire. Une fois que tu auras commencé le japonais, tu pourras faire du 50 / 50, par exemple, chaque semaine un film coréen et un film japonais. Si le coréen se fixe bien dans ton esprit, tu pourras alors te concentrer davantage sur le japonais.
      Essaie aussi de faire fonctionner ensemble tes deux apprentissages. Le japonais et le coréen sont très différents, mais tu peux trouver des points de grammaire similaires et les apprendre simultanément, pour faire d’une pierre deux coups ! Il est également possible d’apprendre chaque mot en coréen et en japonais.
      Enfin, si tu as des problèmes de procrastination, cet article devrait t’aider 😉

      1. Alexiel

        Bonjour Pierre !

        Merci pour ta réponse.
        C’est bien ce que je comptais faire m’immerger en mode 50/50. Ca fait plusieurs semaines que j’écoute du coréen tous les jours pour me remettre dans le bain (je me suis surprise à mieux comprendre certaines chansons qu’à l’époque où j’apprenais le coréen.) et j’ai passé certaines de mes applications en coréen (ma boite mail, Facebook, etc…)
        Oui j’avais déjà lu ton article parlant de la procrastination, il est très inspirant et je pense qu’il va beaucoup m’aider quand ça commencera à être difficile après la rentrée. (là pour le moment ça va je procrastine pas trop mais je ne suis pas encore submergée :p)

    2. Rupert EWING

      En tant que formateur langues étrangères depuis quinze ans, je vais me permettre un petit conseil. Lorsqu’on procrastine, le plus difficile est souvent de commencer à travailler. En général, on a besoin de se faire violence pour sortir son matériel et s’y mettre. En général, une fois qu’on s’y est mis et qu’on est dedans, on se rend compte qu’on peut faire plein de choses sans voir le temps passer.

      Bonne chance et n’abandonne surtout pas.

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