Les polyglottes sont-ils surhumains

Les polyglottes sont-ils surhumains ?

Aujourd’hui, nous aborderons un nouveau mythe qui sévit dans notre domaine. Je sais, encore un… Ce n’est pas ma faute s’il en existe autant ! J’avoue être toujours amusé quand j’entends certaines personnes aborder le cas des polyglottes : le portrait qu’elles en dressent est toujours hors-norme. Une personne parlant plusieurs langues seraient donc une créature à part, entre le génie surdoué et le millionnaire oisif. Essayons de démêler le vrai du faux.

Pour commencer, il me semble nécessaire de définir les termes du sujet, comme l’ont récemment fait les bacheliers dans leurs dissertations. Un polyglotte est une personne parlant plusieurs langues. Tout simplement. Vous vous en doutez, cette définition englobe des millions d’individus dans le monde, avec des cultures et des histoires personnelles forcément très divergentes. Il semble donc peu aisé de dresser un profil type du polyglotte.
Pourtant, de nombreuses idées reçues circulent sur les personnes parlant plusieurs langues. Ces clichés sont particulièrement néfastes, car ils donnent du multilinguisme une image inaccessible et découragent celles et ceux qui souhaiteraient apprendre une langue étrangère.

Sept idées reçues sur les polyglottes

Dans les prochains paragraphes, nous examinerons sept idées fausses mais bien ancrées dans l’esprit des gens. Le but recherché est bien entendu de démontrer une fois de plus que tout le monde peut apprendre les langues et que le multilinguisme n’est pas une faculté extraordinaire.

Les polyglottes ont un don inné pour les langues

Ah, le fameux « don des langues » ! Certes, il existe une poignée d’individus extraordinairement doués pour l’apprentissage des langues et qui sont capables d’en parler une bonne dizaine avant leur majorité. J’insiste sur ce point : il s’agit simplement d’une minorité visible, une sorte d’arbre qui cache la forêt en somme.
Dans l’immense majorité des cas, les polyglottes confirmés sont en réalité des personnes ordinaires, qui ont tout simplement développé un goût pour les langues étrangères. A force d’en apprendre, ils ont fini par identifier un certain nombre de techniques qui leur permettaient de progresser encore plus vite.

On ne naît pas polyglotte, on le devient : avec de la patience, du travail et beaucoup d’expérimentations. Croyez-moi, il m’a fallu des années pour développer les techniques que je vous livre sur le blog et qui me paraissent évidentes aujourd’hui.
Dites-vous simplement que la première langue que vous apprendrez sera de loin la plus difficile. Ne vous laissez pas abattre, c’est un passage obligé et la suite sera beaucoup plus simple.

Les polyglottes ont appris les langues lorsqu’ils étaient enfants

Selon certains, les polyglottes auraient assimilé toutes les langues qu’ils connaissent pendant leur enfance, puisque passé cet âge, il n’est plus possible d’en apprendre une nouvelle. J’ai déjà écrit un article sur le sujet, je ne reviendrai donc pas sur le mythe qui veut que seuls les enfants soient capables d’apprendre les langues étrangères.

J’irais même jusqu’à affirmer que les adultes apprennent beaucoup mieux les langues étrangères que les enfants, puisqu’ils sont en mesure d’appliquer les techniques que j’évoque plus haut. Personnellement, je ne viens pas d’une famille bilingue et cela ne m’a jamais empêché d’apprendre les langues !
A la rigueur, j’ai observé que les personnes issues d’un foyer bilingue s’orientaient plus naturellement vers les langues étrangères, simplement parce que cet environnement leur est familier depuis l’enfance. De la même manière, vous aurez plus de chances de devenir musicien si vous venez vous-même d’une famille de musiciens qui vous ont donné le goût de la musique.

Les polyglottes ont une mémoire extraordinaire

J’avoue avoir longtemps cru à ce mythe. Comme quoi, personne n’est à l’abri des stéréotypes ! Je croyais dur comme fer que les polyglottes avaient une mémoire extraordinaire, qu’ils étaient capables d’apprendre une langue simplement en écoutant une conversation ou en jetant un coup d’œil à une liste de vocabulaire.

Encore une fois, il existe des techniques simples pour mémoriser efficacement du vocabulaire ou des formes grammaticales, comme la répétition espacée ou la mnémonique, c’est-à-dire les associations d’idées. Il suffit de les appliquer pour apprendre des milliers de mots en quelques mois à peine. Vu la profusion de logiciels et applications utilisant la répétition espacée (Duolingo, MosaLingua, Anki, Memrise…), apprendre du vocabulaire n’a jamais été aussi simple.

Les polyglottes sont riches

Vu de l’extérieur, les polyglottes semblent avoir énormément d’argent, qu’ils dépensent en cours de langues ou en voyages au long cours.

J’ai déjà consacré un article à la question de l’argent, dans lequel je démontre qu’il n’est nul besoin d’être riche pour apprendre correctement une langue étrangère. Il est même envisageable de le faire sans dépenser le moindre centime, même si ce n’est pas une option que je recommande.
Ensuite, voyager dans un pays pour en apprendre la langue n’est pas forcément aussi cher que vous le pensez. Certes, il y a des coûts incompressibles et un vol Paris-Pékin coûtera toujours plus cher qu’un Paris-Cologne. Cela étant dit, il existe mille façons de voyager moins cher : en partant hors saison plutôt qu’en plein été ; en choisissant une auberge de jeunesse, Couchsurfing ou Air BnB plutôt qu’un hôtel ; en cuisinant soi-même au lieu d’aller au restaurant.

De manière générale, les personnes de ma connaissance qui voyagent le plus ont adopté un style de vie minimaliste : ils évitent les dépenses superflues et libèrent donc de l’argent pour leurs voyages. Un jour, un ami allemand de passage à Paris m’a un jour montré sa valise et m’a dit : « Tout ce que je possède est dans cette valise. »

Voyage

Nul besoin d’être riche à millions pour voyager et découvrir de nouvelles cultures !

Les polyglottes ont énormément de temps libre

Ce point est en quelque sorte lié au précédent car après, tout, le temps, c’est de l’argent. Les polyglottes semblent avoir beaucoup de temps libre, qu’ils consacrent intégralement à l’étude des langues.

Dans les faits, les polyglottes aguerris ont tout simplement appris à gérer leur temps et à réaliser des sessions de travail aussi courtes qu’efficaces. Un autre secret pour mieux utiliser son temps consiste à joindre l’utile à l’agréable : par exemple si vous voulez regarder un film, pourquoi ne pas en choisir un dans la langue que vous apprenez ? Ainsi, vous vous détendrez tout en améliorant votre écoute.
Certains polyglottes vont jusqu’à choisir une carrière en adéquation avec leur passion : tourisme, recherche, traduction et interprétariat… Leur emploi leur laisse généralement peu de temps libre, mais ils perfectionnent leur connaissance de la langue tout en gagnant leur vie. Je connais même des chercheurs qui passent une bonne partie de l’année à l’étranger, tout simplement parce que c’est leur métier : ils réalisent des études sur le terrain ou donnent des conférences dans des universités étrangères. Ils n’ont pas besoin d’être en vacances pour voyager !

Les polyglottes ont une maîtrise parfaite des langues qu’ils connaissent

Voici un autre mythe auquel je croyais il y a quelques années. Je pensais que les polyglottes avaient une maîtrise parfaite de toutes les langues qu’ils avaient apprises.

En réalité, la plupart des personnes multilingues disposent d’une ou plusieurs langues « fortes » dans lesquelles elles excellent, généralement parce qu’elles l’utilisent dans leur travail ou leur vie quotidienne. A côté, elles ont une maîtrise honorable d’autres langues, dans lesquelles elles peuvent tenir une conversation, mais elles ne seraient pas forcément en mesure de les utiliser dans un contexte professionnel.
Si on se reporte aux niveaux du CECR, on se rend compte qu’un niveau B2 est déjà très avancé et suffit amplement pour interagir avec des locuteurs. Il n’est même pas nécessaire de chercher à atteindre les niveaux les plus avancés (C1 voire C2), qui demandent des années de travail. Sachez où placer la barre en fonction de vos objectifs.

Les polyglottes sont socialement doués et extravertis

Certaines personnes se sentent incapables d’apprendre les langues car elles ont peur de s’exprimer en public ou d’aller au-devant d’inconnus. Elles imaginent donc que les polyglottes sont nécessairement très à l’aise socialement.

Il n’est pas nécessaire d’avoir la tchatche d’un marchand de tapis pour apprendre les langues étrangères ! Un naturel réservé n’a jamais été un obstacle au multilinguisme.
Si vous êtes timide et mal à l’aise à l’idée de prendre la parole, l’étude d’une langue pourrait d’ailleurs être un excellent moyen de guérir cette inhibition. A force de répétition, parler deviendra normal et vous n’aurez bientôt plus peur de le faire. Essayez !

Choix

L’apprentissage des langues étrangères n’est pas un don, c’est un choix qui n’appartient qu’à vous.

Le polyglotte surhumain : le mythe et les bonnes excuses

L’apprentissage des langues étrangères n’est donc pas une activité nécessitant un talent inné ou des ressources financières considérables. De la patience, de bonnes habitudes et surtout quelques techniques bien rodées vous permettront d’y arriver sans trop de difficultés.
Oubliez donc les mythes que j’ai présentés dans cet article : ils sont autant de fausses croyances, de bonnes excuses qui vous empoisonnent la vie et vous éloignent de votre objectif. Le seul travers qui vous empêchera d’apprendre une langue étrangère, c’est l’inaction.

Si vous souhaitez découvrir les techniques qui feront de vous un vrai polyglotte, je vous invite à consulter les articles de la section Bien débuter et à télécharger le guide « Les Quatre Piliers pour apprendre les langues », via le formulaire ci-dessous.

Crédit images : AP Photographie, Moyann Brenn, crazyad0boy.

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5 réflexions au sujet de « Les polyglottes sont-ils surhumains ? »

  1. Faustine

    J’aime beaucoup ce que vous faites sur ce site, je trouve que vous détruisez correctement certains clichés. J’ai moi-même été dans la catégorie « enfant surdouée en langue », selon les adultes, et cela m’a apporté deux problèmes: la peur de ne plus y arriver quand je serai adulte, et l’impression de mentir au monde car tout le monde croyait que j’étais naturellement bonne en langues, alors que je travaillais (un peu moins que d’autres, mais quand même).
    Aujourd’hui, j’apprend le japonais à la fac, j’aimerai me mettre au finnois, c’est du travail, mais j’aime vraiment ça 🙂 merci de me donner du courage par vos articles! Bonne continuation,
    Faustine

    1. Pierre Auteur de l’article

      Salut Faustine et merci pour ton message.
      Ce que tu dis est intéressant, car en effet, les mythes sur les langues peuvent se retourner même contre ceux qui en profitent. Croire qu’on a un « don » revient souvent à ne pas améliorer ses méthodes de travail ; dès qu’on est confronté à la moindre difficulté, on ne sait pas comment la contourner.
      Bon courage pour le japonais et le finnois !

  2. Jullien

    Je parle dix langues et j’ai beaucoup de problèmes psychologique pour cette raison. Je pense que il faut pas parler plus que cinq langues.

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